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Par Fredleborgne

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Direction la Poste

 Moi, vous me connaissez ?
Si vous n’êtes pas un habitué d’ILV, c’est pas la peine de continuer. Vous mettez un marque-pages, et vous revenez me lire dans deux-trois mois…
Pour les autres, vous croyez me connaître, mais qu’en est-il vraiment ?
Vrai, c’est quand même la première fois que je me la joue « Je me crois aussi important que Bernard Lancourt himself ». De toute façon, c’est plus facile que d’être aussi insolent que Zenon ou aussi insaisissable que Sihemalik.
Vous l’aurez compris, c’est pour du joke entre nous. Et maintenant, on renvoie les américains chez eux.
L’histoire commence ce mercredi 28 novembre 2007, au moment où je viens de glisser six « Jeunes Pousses » dans un sac à dos. Ne cherchez pas les noms, il s’agit du recueil en vente chez les bons éditeurs.
Je suis exceptionnellement chez moi aujourd’hui. J’ai des ouvriers à la maison qui m’installent un système de chauffage onéreux pour éviter que ce soit la planète qui se réchauffe. Je m’explique. Avant, on chauffait l’intérieur et mal isolés, on chauffait aussi l’extérieur. Aujourd’hui, on prend la chaleur de dehors, même quand il fait froid, pour se chauffer dedans. Ce qu’il ne faut pas faire pour avoir le plaisir de se faire rembourser par le fisc. Mais il paraît que ça ne va pas durer.
C’est pour l’anecdote, et puis pour dire que j’ai un boulot, et que d’habitude, et bien je ne serais pas chez moi. Je vous raconte donc de l’exceptionnel.
 
J’ai encore des lecteurs ? Ca doit être ceux qui m’aiment et qui me font confiance. Dans le lot, j’en imagine bien deux ou trois pour qui ça les démange d’écrire en commentaires que ce n’est pas une bonne introduction que de prendre le lecteur à rebrousse-poil.
C’est lié pourtant, ces détails. Car j’ai le temps d’aller à pied à la Poste pour envoyer ces « jeunes pousses » à leurs destinataires. Il y a Judicaele, à Londres, pour laquelle ce matin j’ai fait deux dédicaces et un petit courrier. Elle a eu un enfant vous savez. Elle a écrit des histoires pour lui à l’avance, et je suis sûr qu’elle va en inventer d’autres sans attendre qu’il ait le temps de les comprendre. Va-t-elle les lui raconter en français ou en anglais ? Il y a aussi les exemplaires qu’Alexandre Legrand achète pour offrir à des gens qu’il apprécie (voire qu’il aime, mais ne comptez pas sur moi pour trahir le secret de la correspondance).

Au moment de partir, je constate que je n’ai pas regardé si j’avais du courrier. J’en attends pourtant. Des chèques pour « La liberté d’exister »… D’ailleurs, il y en a un, accompagné d’un mot. Merci François, je répondrai ailleurs si tu veux bien parce que là, je me demande combien sont-ils encore à me lire. Quand je pense que depuis ce matin, j’ai dû cliquer sur le petit oiseau avec sa lettre entre les pattes au moins cinquante fois pour rien…mais dans quel monde je vis.

Je pars donc pour la poste, bons pieds, bon œil. Et je songe, guilleret, à l’article pour ce soir sur  www.desauteursdulibre.eu.  Le sujet ? Agoravox.fr, le journal citoyen. D’ailleurs, j’ai bien envie de demander à certains rédacteurs s'ils n’ont pas des articles à me proposer. Ce sont des auteurs libres eux aussi. Et j’en ai profité pour lire l’article sur la mission Olivennes, encore et toujours, pour lequel j’ai balancé un grand coup de gueule en ligne.
J’avais déjà écrit, à propos de notre cher président débaucheur de talents (un proche de l’ex-leader du « centre historique » cette fois) « Malgré son auto-augmentation par procuration, il gagnera moins par an que Bigard ou Gad El Maleh : normal, il nous fait beaucoup moins rire ». Mais là, j’explose. C’est vrai, ce genre de choses, je ne peux pas le mettre sur ILV ou « desauteursdulibre ».

Je songe à mes projets en cours sur le net, je songe à toutes mes correspondances, mêmes courtes, je songe à Romane, si enchanteresse, parce que j’ai une idée qui lui fera plaisir, et que je connais sa voix joyeuse, son sourire rayonnant, ses yeux si vifs et surtout cette énergie qui bouge tout autour d’elle. Il fait beau, doux pour un mois presque de décembre…

J’arrive à la poste, et je constate qu’elle est fermée. Elle ouvre à 14 h. mais quelle heure est-il donc ? Je n’ai pas mis ma montre ce matin, puisque je ne suis pas parti travailler. Je ne sais même pas si je dois attendre cinq minutes ou une heure…

Car aujourd’hui, je suis moi, dans mon monde, depuis ce matin. Je ne suis pas dans ce monde où je travaille pour enrichir une micro-élite. Ce matin, j’ai lu que les PDG du CAC 40 gagnaient 10% de moins qu’en 2005 alors que les anglais et les américains étaient à plus 33% au minimum. Ils toucheraient encore quand même en moyenne 274 fois le smic. Vous imaginez ? Une minute de leur temps vaudrait 4 h et demi du temps de 70% de la population française. Attention, ils font des heures supp eux. Admettons ! Et comptons celles-ci double en travail 24/24. Leur minute vaut encore cinquante cinq minutes du quidam moyen. Les seuls à avoir ce ratio ou supérieur sont les députés européens quand on considère leur coût pour la communauté et leur temps réel de présence sur place au parlement.
Je me demande avec la bourse qui baisse ce qu’on va bien pouvoir taxer pour leur payer des vacances. Déjà qu’en échange de vacances offertes, notre président les emmène conclure de juteux contrats à l’autre bout du monde…
L’espace d’un instant, je suis replongé dans cette réalité, celle du travail où on est quelqu’un d’autre, celle des infos où notre monde ne va plus, celle des pubs et des films où nous ne sommes rien que des spectateurs consommateurs. Est-il normal que je dispose d’une bulle-conscience que manifestement les autres autour de moi, sauf sur le net, semblent ignorer ? Le net serait-il ce sous-marin numérique qui nous libèrerait d’une matrice mécanique ? Quoi qu’il en soit, une brave dame m’ayant donné généreusement une heure à l’ancienne (1 h et demi et non pas 13 h 30).
Alors, je remonte tranquillement chez moi. Je sifflote le « Dernier des Mohicans » sans demander de cachet d’interprétation à personne, ni en m’acquittant d’un quelconque droit de diffusion à la SACEM. Il m’arrive aussi de siffloter « Il était une fois la révolution » de Ennio Morricone ou des morceaux de « La guerre des étoiles » ou , de John Williams, le premier, enfin l’épisode 4. Il m’arrive de siffloter aussi « Et pour quelques dollars de plus » ou « La symphonie du nouveau monde » de Dvorak, ce qui prouve qu’il ne faut pas chercher de signification dans le choix du nom des morceaux qui me plaisent. Je reconnais que je ne me force pas beaucoup en respectant le boycott du top 50 que je préconise depuis deux ans.
J’arrive chez moi. Les ouvriers attendent la clé du garage, dans lequel ils ont rangé tous leurs outils avant de partir manger. Elle est accrochée au trousseau de clés que j’ai emporté avec moi, après avoir ouvert la boite aux lettres.
Le monde est cruel. Il ne nous laisse aucun répit. Il ne nous fait pas de cadeau.
Le temps de prendre un café et je repars, toujours écologiquement.
A cent mètres de chez moi, je vois deux gamins s’enfuir en couriant aux éclats, ce qui n’est pas bon pour le souffle. Une détonation vient troubler la quiétude d’une boite aux lettres. Décidément, ils auraient fait ça une demi-heure plus tôt à la mienne, j’aurai présenté des confettis à ma banque…postale. Je les rattrape sans en avoir l’air 50 m plus loin.
        
- Alors les terroristes, j’espère au moins que vous ne connaissiez pas le proprio de la boite           
- Si si on le connaît.
- C’est pas gentil.           
- Il ne nous aime pas.
   
Ceci expliquerait donc cela...
Je me fends d’un large sourire qui j’espère sauvera les nombreux prospectus qui justifient le salaire des facteurs, et sans lesquels ma femme serait incapable de faire son marché et ses cadeaux pour Noël. Et je plaisante avec eux. Je souris en apprenant qu’une de cette graine de racaille terroriste est fils de CPE (Conseiller Principal d’éducation je crois). J’espère que tous les fils de CPE de Niort ne vont pas se prendre une baffe ce soir. Déjà que j’ai écrit ce matin sur un post que même si c’était inquiétant, le fait que les banlieues « bougent » prouve qu’il existe encore des gens pour défier le pouvoir absolu en France et donc que la situation n’est pas encore totalement désespérée.
Et puis je suis reparti dans mon monde. Les livres trouveront leurs destinataires ou la Poste devra acheter d’autres exemplaires. Il n’y aura pas de beaux timbres. J’en ai parlé à la receveuse. Non seulement le prépayé est plus cher que les tarifs en vigueur, (il devrait l’être moins, comme pour les billets SNCF achetés à l’avance) mais en plus il est moche et pas collectionnable. Elle m’a assuré qu’elle « fera remonter  l’information ». Mais j’y crois pas. Cette décision a été prise par de sinistres technocrates et c’est tellement évident… sauf pour un autre monde qui m’est totalement inaccessible. Puis, la décision entérinée en haut lieu, personne ne la critique puisque ça vient des chefs. Alors que cette même banque postale édite des chèquiers avec des images du monde entier…
C’est à n’y rien comprendre finalement. Sinon qu’un jour, on m’a répondu qu’il y avait parfois des vols de colis motivés par …le vol des timbres.

J’habite un quartier calme. Je vis dans un monde ordonné. Tôt l’auto, boulot, rideau. J’ai une vie moi…sur le net. Et je reste ainsi avec des milliers de questions sans réponse, comme à 3 ans, 5 ans , 18 et aujourd’hui 42. Pourquoi notre monde si bien connu n’a pas encore trouvé les solutions idéales pour tous ? Pourquoi seul le mien a des réponses simples ? Pourquoi d’autres préfèrent justifier l’injustifiable par un « c’est comme ça » ? Ca les em…bête bien, ils en conviennent, même si eux ne sont pas concernés mais c’est comme ça parce qu’il y en a tellement qui ont besoin que ce soit comme ça, que si c’était autrement, comme tout le monde n’est pas comme eux, et bien ce serait encore pire.
Mais justement, à part moi, j’ai l’impression qu’ils sont tous comme eux et je ne vois pas ce qui pourrait être pire, à part …être comme eux.

Je refais le trajet pour la quatrième fois. Les gamins n’ont pas fait sauter de maison durant mon passage à la Poste. Elles se ressemblaient toutes à l’origine, puis en quarante ans, les propriétaires les ont fait évoluer en fonction de leurs moyens et de leurs goûts. Certaines n’ont pas évolué et en fait de changement, c’est plutôt qu’elles font leur âge, ou celui plus avancé de leurs propriétaires. Ceux-ci votent tous à la petite école juste à côté. Il faudrait empêcher les jeunes de sortir le mercredi après-midi avec des pêtards dans les poches, sinon l’indéfectible soutien local à la gauche risque de céder aux sirènes sécuritaires du p’tit nicolas que Goscinny sans nul doute aurait renié. Vous me suivez ? Quoi je vous fais marcher …euh, en fait, y’a encore quelqu’un qui lit là ?