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Nouvelles lettres d'un voyageur

- Catégorie : Romans / Nouvelles
- Par George Sand
-
- Date de publication sur In Libro Veritas : 18 novembre 2007 à 22h35
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211 pages
Nouvelles lettres d'un voyageur
III - LE PAYS DES ANÉMONES A MADAME JULIETTE LAMBER, AU GOLFE JUAN
I
Nohant, 7 avril 1868.
J'étais, il y a aujourd'hui un mois, au bord de la Méditerranée, côtoyant la belle plage doucement déchirée de Villefranche, et causant de vous sous des oliviers plantés peut-être au temps des Romains. Trois jours plus tard, nous étions ensemble beaucoup plus loin, dans la région des styrax [Le styrax doit croître aussi autour de Grasse. Dites au cher docteur Maure de vous en procurer.],—ne confondez plus avec smilax,—et les styrax n'étaient pas fleuris ; mais le lieu était enchanté quand même, et, en ce lieu vous dites une parole qui me donna à réfléchir. Vous en souvenez-vous ? C'était auprès de la source où nous avions déjeuné avec d'excellents amis. B..., mon cher B..., aussi bon botaniste que qui que ce soit, venait de briser une tige feuillée en disant :
—Suis-je bête ! j'ai pris une daphné pour une euphorbe !
Vous vouliez vite cueillir la plante pour m'en éviter la peine. Je vous dis que je ne la voulais pas, que je la connaissais, qu'elle n'était pas exclusivement méridionale, et mon fils se souvint qu'elle croissait dans nos bois de Boulaize, au pays des roches de jaspe, de sardoine et de cornaline.
A ce propos, vous me dites, avec l'indignation d'un généreux coeur, que je connaissais trop de plantes, que rien ne pouvait plus me surprendre ni m'intéresser, et que la science refroidissait.
Aviez-vous raison ?
Moi, je disais intérieurement :
—Je sais que l'étude enflamme.
Avais-je tort ?
Nous avions là-bas trop de soleil sur la tête et trop de cailloux sous les pieds pour causer.
Nohant, 7 avril 1868.
J'étais, il y a aujourd'hui un mois, au bord de la Méditerranée, côtoyant la belle plage doucement déchirée de Villefranche, et causant de vous sous des oliviers plantés peut-être au temps des Romains. Trois jours plus tard, nous étions ensemble beaucoup plus loin, dans la région des styrax [Le styrax doit croître aussi autour de Grasse. Dites au cher docteur Maure de vous en procurer.],—ne confondez plus avec smilax,—et les styrax n'étaient pas fleuris ; mais le lieu était enchanté quand même, et, en ce lieu vous dites une parole qui me donna à réfléchir. Vous en souvenez-vous ? C'était auprès de la source où nous avions déjeuné avec d'excellents amis. B..., mon cher B..., aussi bon botaniste que qui que ce soit, venait de briser une tige feuillée en disant :
—Suis-je bête ! j'ai pris une daphné pour une euphorbe !
Vous vouliez vite cueillir la plante pour m'en éviter la peine. Je vous dis que je ne la voulais pas, que je la connaissais, qu'elle n'était pas exclusivement méridionale, et mon fils se souvint qu'elle croissait dans nos bois de Boulaize, au pays des roches de jaspe, de sardoine et de cornaline.
A ce propos, vous me dites, avec l'indignation d'un généreux coeur, que je connaissais trop de plantes, que rien ne pouvait plus me surprendre ni m'intéresser, et que la science refroidissait.
Aviez-vous raison ?
Moi, je disais intérieurement :
—Je sais que l'étude enflamme.
Avais-je tort ?
Nous avions là-bas trop de soleil sur la tête et trop de cailloux sous les pieds pour causer.
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