Planète des singes
Un film de Tim Burton
Dès le début du film, il y a un détail qui, rétrospectivement, en dit long sur ce projet bancal. Léo Davidson, le héros joué par Mark Whalberg, se glisse dans une capsule spatiale pour aller chercher son chimpanzé, Périclès, en perdition. Il s’y glisse en survêtement ce qui peut sembler léger pour un commandant de l’espace, mais encore, sans casque… Ah, finalement, il semble y penser, se baisse et enfile un gros casque spatial mais sans l’ajuster à quoi que ce soit, on voit même son col béant sur son cou viril. Alors... Pourquoi ? Détail me direz vous.
Le problème de ce film, c’est qu’il est une accumulation de tels détails. Le héros arrive sur une planète inconnue, il y a des singes qui parlent anglais et ça ne le perturbe pas plus que ça… Pourquoi ? Il y a un tas d’humains qui parlent comme vous et moi et raisonnent visiblement bien. Pourtant, ils restent habillés façon guerre du feu… Pourquoi ? Dès le départ et tout au long du film, il est persuadé qu’il va renter chez lui en claquant des doigts, ce qui arrive d’ailleurs… Pourquoi ? D’ailleurs, il se dirige parfaitement bien sur cette planète sauvage et inconnue, c’est le héros, il est fort, mais quand même… Pourquoi ? Notre héros retrouve son vaisseau sous les sables depuis plus de 1000 ans mais la porte électronique s’ouvre d’un coup (avant même qu’il ne fasse repartir le pile atomique qui, bien sûr, fonctionne toujours)… Pourquoi ? Périclès arrive au milieu de la bataille comme la cavalerie dans un western, Pourquoi ? sans doute parce que c’est pratique. Il y a une blonde dans cette histoire et le héros l’embrasse à la fin, pourquoi ? Ils ne se sont pas adressé trois mots de tout le film. Il y a un grand noir aussi, Pourquoi ? Sans doute pour respecter les quotas américains en matière de communautés, au mépris de la logique du film. Tous ces humains sont par ailleurs complètement transparents, on ne sait ni qui ils sont, ou si peu, ni ce qui les motive, la palme allant à l’adolescent qui n’est là que pour servir un bref suspense franchement limite lors de la bataille finale. Pourquoi ?
Dans la science fiction, on peut être aussi délirant que l’on veut, c’est même quelque chose de recommandé. Mais quand on raconte une histoire, il faut encore se donner des règles et tenir une cohérence interne. L’original de Franklin J Schaffner y réussissait parfaitement, c’est ce qui en fait un classique. L’histoire nous dira la marge réelle de liberté dont a bénéficié Burton sur ce remake catastrophique, mais tout ce dont je vous ai parlé ne peut passer pour de la fantaisie, ce sont simplement de grossières erreurs de scénaristes paresseux (et ils s’y sont mis à trois !) et la marque d’un désintérêt à peut près complet de Burton pour les humains dans ce film. Quelque part, cela nous rassure sur son compte. Le héros burtonnien type est un schizophrène, un rêveur à cheval entre deux mondes, entre deux êtres. Davidson a beau être en deux mondes, il est totalement monolithique, égoïste, borné, sûr de lui et suit une trajectoire en ligne droite tout au long du film. Il n’a rien de Batman ou d’Ed Wood. Le final, ironique mais gratuit, est une sorte de punition qu’inflige le réalisateur à cette créature qui lui échappe. Du coup, ce qui reste, ce qui est réussi, ce sont les singes : leur façon de bouger, de parler, les extraordinaires effets spéciaux de maquillage et les performances de Tim Roth, Helena Bonham Carter, David Warner et Charlton Heston. Là, oui, il y a des caractères, de la passion, de l’humour, des sentiments. Mais le film est bancal. Comme le premier Batman, bouffé par le cabotinage parfois génial de l’envahissant Nicholson, La planète des singes est bouffée par l’approche Blockbuster du projet et toutes les subtilités de l’original comme du roman sont sacrifiées à un spectacle pour adolescents du samedi soir.
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