Le frère du guerrier
Un film de Pierre Jolivet
Bonne nouvelle pour les amateurs, un superbe western vient de sortir. C’est un film français qui se déroule au Moyen Age mais il n’empêche, c’est un western dans la grande tradition. Dans Le Frère du guerrier, il y a un ranch isolé (ici une ferme en pleine campagne en Lozère), une famille de courageux pionniers, une bande de truands, un frère mercenaire que l’on appelle à l’aide, les pièges, l’attente, les chevauchées, le règlement de compte final. Tout y est. Il y a aussi, surtout, des paysages amples, sauvages, magnifiés par l’écran large et des cadrages inspirés qui donnent à l’ensemble une dimension épique digne de Ford ou de Mann. Et je suis sérieux.
On doit ce film étonnant à Pierre Jolivet que l’on aurait pas imaginé dans ce registre mais qui s’y révèle tout à fait à l’aise. Vincent Lindon, laconique façon Clint Eastwood, est très physique, Guillaume Canet et Mélanie Doutey se sortent bien de rôles plus convenus même si l’on peut reprocher à l’actrice d’être un peu trop belle et trop lisse pour son rôle de paysanne. Le plus remarquable au niveau de la crédibilité du film sont les décors et les costumes. Le film joue sur le réalisme et la perfection du détail, utilise parfaitement les sites naturels et évite quasiment toujours l’esthétique « sale », cheveux gras et haillons, qui est devenue un cliché horripilant. Le film de Jolivet sonne juste, se rattachant à des œuvres comme La passion Béatrice de Bertrand Tavernier, Promenade avec l'amour et la mort de John Huston ou encore Le Décameron de Pier Paolo Pasolini. Autant de films qui donnent une sensation palpable du Moyen Age.
De l’aventure, des grands espaces, une très belle reconstitution, Le frère du guerrier développe également un fond sur ces éléments classiques. Notre famille de pionniers - paysans est spécialisée dans la guérison par les plantes, les « simples », et ce savoir se transmet oralement de génération en génération. Suite à la mort de la mère et, quand le fils battu par des brigands perd la mémoire, Guillemette, l ‘héroïne boiteuse (mais très belle) se retrouve fort dépourvue et lui vient l’idée que la tradition orale aurait gagnée à être couchée par écrit. Mais, outre qu’elle ne sait pas lire, à cette époque, les rares livres sont détenus par l’Eglise qui ne semble pas disposée à les partager, pas plus qu’à apprendre la lecture à une femme.
Le frère du guerrier propose donc une réflexion sur la transmission du savoir et de l’accession de la femme à ce savoir. La recherche du livre des recettes de guérison pourra faire penser au Nom de la rose. Le combat de Guillemette pour faire admettre son droit à l’éducation et à la connaissance injecte une dimension de modernité au film. C’est un aspect auquel on sera sensible à un moment où, par exemple, les fillettes afghanes reprennent le chemin de l’école tandis que, à un autre niveau, les femmes d’Europe poursuivent leur combat pour l’égalité des droits politiques et la parité. A travers son personnage, Jolivet décline les figures de la femme opprimée par le pouvoir masculin (domination sexuelle, familiale, économique, culturelle) et renvoie dos à dos les deux frères qui exercent cette oppression chacun à leur manière. Symboles d’une époque violente, ils disparaissent pour laisser place à l’éducation dans un final un peu trop idéal. Guillemette finit par infléchir un brave curé qui viendra lui faire, enfin, la leçon.
Si cette parabole est belle et apporte un peu de densité à l’aventure, elle n’en reste pas moins superficielle. Que cela ne gâche pas notre plaisir, le film sait être captivant de la première à l’avant dernière image.
Chapitre suivant : Le Seigneur des anneaux