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Par Vincent Jourdan

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Se souvenir des belles choses

    Un film de Zabou Breitman

    Se souvenir des belles choses est un joli titre pour un film touchant. C’est un premier film mais sa réalisatrice est loin d’être une inconnue sous son simple prénom. Sans être un éblouissement cinématographique, on y trouve un certain sens de l’humour, une grande tendresse pour les personnages et de la sensibilité sur un sujet pas évident puisque l’héroïne, jouée par Isabelle Carré, est atteinte d’une forme précoce de la maladie d’Alzeimer et perd progressivement la mémoire, les mots et l’expression.

    On imagine sans peine les pièges du mélo avec un tel thème. Placée dans un centre spécialisé, l’héroïne tombe amoureuse d’un homme amnésique suite à l’accident de voiture qui a provoqué la mort de sa femme te de son fils. Ensemble, ils vont essayer de vivre leur amour comme un couple ordinaire avant que la jeune femme ne soit rejointe définitivement par la maladie. La réalisatrice évide les pièges par le recours à l’humour dans la première partie et une mise en scène discrète et efficace malgré un petit passage à vide un peu avant la fin. Mise en scène au service de son plus grand atout, les acteurs, ce qui se comprendra pour un film d’actrice.

    Le film est porté par la prestation d’Isabelle Carré, souvent superbe comme dans La femme défendue, de Philippe Harel. Elle est crédible de bout en bout jusqu’au final chargé d’émotion. Son visage si beau et si expressif fait parfaitement passer ses angoisses comme ses absences, de plus en plus fortes quand elle s’aperçoit de ses pertes mémorielles. Angoisses qui le mènent à la panique que l’on lit dans ses yeux dans la scène du supermarché ou celle, si simple et si efficace des baguettes de pain. Quand au tout dernier plan, il est vraiment bouleversant par le retournement soudain de point de vue.

    A ses côtés, une petite révélation avec Bernard Campan dans le rôle de l’amnésique. Membre des Inconnus, Campan change de registre et montre un vrai talent pour le drame qui passe, là encore par la simplicité et la sobriété du jeu. Tous les deux arrivent à faire passer des scènes aussi délicates que celle de leur première étreinte sous la pluie. Bernard Lecoq et Zabou Breitman jouent un couple de médecins du centre avec beaucoup d’humour et de naturel. Dominique Pinon compose un de ces personnages limite mais attachants comme il en a le secret et Anne Le Ny arrive à rendre attachant un personnage ingrat, celui de la sœur, repère de « normalité » et dépassé par la situation.

    Enfin, Zabou Breitman a réuni un groupe original et homogène d’acteurs pour interpréter les malades et l’ensemble ne manque ni de réalisme ni de conviction. Se souvenir des belles choses touche parce qu’il aborde un sujet sensible avec retenue et simplicité, sachant ancrer le drame dans un quotidien ou le spectateur pourra se projeter sans effort. Comme Haut les cœurs, il montre la lutte contre la maladie comme une guerre de tous les instants, une guerre dont il est difficile de sortir vainqueur.

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