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Par Vincent Jourdan

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La répétition

    Un film de Catherine Corsini

    La répétition est le nouveau film de Catherine Corsini à laquelle on devait l’attachant La nouvelle Ève avec Karin Viard. Elle met ici en scène un superbe couple d’actrices, Emmanuelle Béart et Pascale Bussières dans les rôles de Nathalie et Louise qui entretiennent une relation houleuse à base de passion amoureuse, de manipulation, de frustration, de jalousie et de dépendances.

    Nous sommes dans un suspense de sentiments, toutes proportions gardées dans la lignée de Lolita de Kubrick ou, j’y ai beaucoup pensé, La femme d’à côté de Truffaut, pour le côté ni avec toi, ni sans toi. Dès la première scène ou l’on découvre les deux femmes adolescentes, tout est dit. Elles font du théâtre, Nathalie est excellente, Louise n’est pas douée. Elles ont une profonde amitié mais déjà, pour Louise, ce sentiment est plus trouble. Pour Nathalie, sa nature à la fois généreuse et ambiguë l’amène à semer le doute. Le frustration de Louise l’amène à une tentative de suicide.

    Dix ans plus tard, elle est mariée et Nathalie est presque une grande actrice. Elles se retrouvent et le même jeu se renoue. Il ira plus loin et plus profond. Ce qui est passionnant dans ce film et ce qui m’a tenu en haleine, c’est que ces deux femmes sont suffisamment complexes pour que l’on ne sache jamais vraiment jusqu’où elles vont aller. Louise semble déterminée, elle est pourtant la plus sensible. Timide, elle peut se renfermer, se bloquer et vouloir tout arrêter. Elle est aussi la plus entière, prête à vivre une vraie histoire de couple avec Nathalie. Ce qui la rend intéressante, c’est qu’elle sait aussi être manipulatrice et que l’on sent qu’elle cherche dans son amie ce qu’elle même ne peut pas être, une actrice. Nathalie, elle, est plus spontanée. Le contraste du jeu extraverti et lumineux d’Emmanuelle Béart et celui concentré et sombre de Pascale Bussières fait des étincelles. Nathalie est plus spontanée, instinctive, fragile aussi, c’est pourtant une fonceuse, c’est elle qui prendra par deux fois l’initiative d’un contact amoureux avec son amie qui n’aurait sans doute pas pu faire ce pas décisif. En même temps, elle ne souhaite pas s’investir dans une véritable relation homosexuelle et refuse de suivre Louise sur ce terrain. Elle a une sorte de générosité instinctive, de celle qui fait les grandes actrices, ce qui l’amène sans doute à créer une trop grande attente, chez Louise comme avec Matthias, son compagnon metteur en scène. Et c’est pourtant elle qui semble avoir le plus besoin de l’autre. C’est grâce aux intrigues de Louise qu’elle obtiendra le rôle de Loulou, célèbre amoureuse, qui fera sa gloire et c’est Louise qu’elle appelle au secours dans ses moments de désarroi.

    On le voit, Catherine Corsini a crée une situation tendue où chaque geste est lourd de sens, où les objets, comme chez Hitchcock, prennent une vie inquiétante, comme le porte cigarette de Nathalie. Elle explore avec attention les variations de sentiments de ses deux héroïnes et leurs mouvements l’une vers l’autre. Au scénario, on retrouve le nom de Pierre Erwan Guillaume qui avait réalisé un court métrage, Bonne résistance à la douleur, (l’occasion d’un clin d’œil dans le dialogue avec la doctoresse), ce film explorait la fascination amoureuse d’un chef vigile pour son jeune collègue, joué par Jalil Lespert, et la violence qui résultait de la découverte par cet homme de son attirance. Homosexuelle. Ici aussi la violence explose quand la frustration est trop forte, sèche et claire dans la gifle de Nathalie, profonde et terrible chez Louise dans la scène des ambulanciers ou le film manque de basculer dans le drame.

    Contrairement à Truffaut ou à Haneke dans sa Pianiste, Corsini ne bascule pas et achève son film en modérato. Ses personnages ne sont pas des cas extrêmes. On pourra le regretter si l’on aime des plongées plus vertigineuses dans l’âme humaine, comme on pourra s’en satisfaire, Louise et Nathalie nous étant sans doute plus proches que Mathilde ou Erika Kohut. Béart et Bussières sont magnifiques, mais ça, je vous l’ai déjà dit. A noter aussi la toujours très belle photographie d’Agnès Godard. que ce soit dans les nuits parisiennes ou dans la lumière d’Avignon.

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