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Par Vincent Jourdan

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Bella Ciao

    Un film de Stéphane Giusti

    « Il n’y a pas de dieu, il n’y a que des camarades », c’est par cette forte sentence que s’ouvre Bella ciao, le film estival et surprenant de Stéphane Giusti. Un film qui entreprend, comme Rouge midi de Robert Guédiguian, de nous raconter la saga familiale d’émigrés italiens chassés par le fascisme dans les années 30 et installés à Marseille. Le film de Guisti ressemble d’ailleurs étrangement à celui de Guédiguian, même milieu ouvrier pauvre mais noble, même veine anti fasciste, même procédés narratifs issus sans doute d’une même économie de moyens (les maquillages vieillissants les acteurs, très théâtraux), même ton nostalgique.

    Ce qui les différencie, c’est que Guédiguian traite son histoire avec beaucoup de sérieux alors que Guisti insère régulièrement des épisodes complètement décalés. Il faut avoir vu l’apparition d’Isabelle Carré en Liberté pour apprécier le culot du réalisateur, culot qui l’amène sans cesse sur la dangereuse frontière entre burlesque et ridicule. On passe sans transition de moments poignants à des moments gênants puis complètement décontractés. Il y a beaucoup de fausse naïveté dans ce film, une fausse naïveté qui essaye de masquer la vraie, celle d’un univers d’ouvriers idéalisé par les années, celui que pouvait monter Renoir ou Duvivier sans arrières pensées dans les années 30. Ici, il ne reste que des figures en forme de clichés, les vignes en Toscane, les italiens maçons, l’ex-communiste devenu vilain fasciste qui finit dans la fosse des toilettes, le fils sur lequel on investit et qui sera docteur, la famille, le temps qui passe…

    Le film est surprenant parce qu’il ose encore raconter une telle histoire, avec de tels personnages, essayant maladroitement de lui injecter une sorte de dérision. Mais il est aussi attachant parce que l’on découvre que l’on aime toujours que l’on nous raconte ce genre d’histoire, même si le style nous laisse parfois perplexe. La distribution est pour beaucoup dans la sympathie que l’on pourra éprouver pour Bella ciao, même si Jacques Gamblin ou Serge Hazavanicius(méconnaissable par rapport à Le soleil au dessus des nuages) ne sont pas extrêmement crédibles en italiens, Jalil Lespert, Isabelle Carré et la très belle Yaël Abecassis mettent beaucoup de conviction dans leurs personnages.

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