Liberté-Oléron
Un film de Bruno Podalydes
« Liberté-Oléron », c’est l’ex « Zigomar », un bateau modeste que se paye Jacques Monot, homme modeste en vacances avec sa petite famille au bord de la mer. Pour tous, les vacances, ce sont un peu la remontée de désirs qu’ils désirent dire mais enfouissent soigneusement le reste de l’année. Désir d’aventure, désir d’espace, désir d’amour, de gloire, de sexe et d’évasion. C’est dans leur petit rafiot que va se cristalliser tous ces désirs et dans la volonté du père de rallier l’île d’Aix, à cinq kilomètres d’Oléron. Mais la réalité de l’Aventure n’est pas toujours romantique et, aux premières difficultés sérieuses, Jacques Monot va péter les plombs de belle manière et faire ressortir de lui, contrairement à ce qu’il espérait, une facette sombre et violente. Non pas l’Aigle des Mers mais le capitaine Bligh.
Liberté-Oléron a beau être une comédie, elle fait alors passer un frisson d’angoisse, un peu de « mal à l’aise », révélant par là la profondeur que Bruno Podalydes a voulu donner à son film avec l’aide de son frère Denis dans le Rôle de Jacques ainsi qu’au scénario.
Au résultat, le film brasse un ensemble d’idées fortes et passionnantes : premiers émois amoureux du fils aîné, fascination de la mère, jouée par la peu ordinaire Guilaine Londez, pour un « vrai » homme, le marin-paysagiste inénarrablement interprété par Patrick Pineau ; les velléités d’acteurs du fils cadet qui place le film sous l’ombre imposante du nez de Cyrano ; cette espèce de libération impossible, au final pathétique, de cette famille sans histoire qui essaye d’en avoir une petite.
Mais il faut bien dire, à ce point, que tout ceci est plus effleuré que traité et le film n’atteint jamais l’état de grâce du précédent opus des deux frangins, Dieu seul me voit. On retrouve pourtant Denis Podalydes dans un rôle qui doit beaucoup à Jacques Tati, de jolies scènes, certaines très drôles, une atmosphères qui rappelle le meilleur de Pascal Thomas dans les années 70, mais tout ceci ne va pas plus loin. Curieusement, le film fait penser au film de Peter Weir : Mosquito coast, œuvre sous-estimée où Harrison Ford, à l’époque ou il était un grand acteur, incarnait un américain moyen qui entraînait sa famille dans une grande aventure amazonienne. Il y trouvait la folie et, peut être, la mort, agonisant au final sur un radeau comme l’Aguirre de Herzog. Weir avait fait le choix de la tragédie. Podalydes la laisse deviner mais ramène tout le monde sain et sauf sur la plage, nous laissant avec un peu de la frustration de son héros.
Ce qui manque un peu au film, ce qui l’empêche d’être une réussite, c’est un manque de poigne de Bruno Podalydes, moins inventif, moins rigoureux que dans Dieu seul me voit, même s’il se révèle assez à l’aise avec l’espace confiné de sa coque de noix. Après tout, il a bien réalisé Versailles Rive-Gauche dans 20 m2.
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