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Par Vincent Jourdan

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8 femmes

    Un film de François Ozon

    Je n’étais pas particulièrement enthousiaste du cinéma de François Ozon jusqu’au magnifique Sous le sable. Avec 8 femmes, je salue l’artiste. C’est un film de pur plaisir de cinéma, une sorte de concert où chaque instrument serait un stradivarius, et dirigé par un chef d’orchestre de grande classe.

    Le générique donne l’enjeu, associant chaque nom de la distribution exclusivement féminine avec une fleur évocatrice tant de son personnage que de son image d’actrice. Ces noms qui défilent au son des accords romantiques de Krishna Levi portent autant de promesses et le film, c’est son point d’honneur, sa réussite la plus éclatante, tient chacune d’elle. Deneuve, Huppert, Béart, Ardant, Darrieux, Ledoyen, Richard et Sagnier, chaque nom est plaisir et, ce qui est loin d’être évident, le tout est à la hauteur de la somme de ses parties.

    Chez Télérama, on utiliserait le mot : «jubilatoire». La joie de chacune de ces actrices de jouer ensemble crève l’écran, comme la joie d’Ozon de les avoir, toutes, si belles, si bonnes comédiennes, si drôles, si émouvantes, toutes sous l’œil amoureux quoique sachant conserver son calme, de sa caméra. Et ces joies, nous les partageons, joies de les voir bouger, de les entendre chanter, de les voir habillées avec cette classe des années 60, joie de leurs expression, de leurs sourires, de leurs larmes, de ces petits gestes, de ces expressions qui font que l’on adore ces femmes et certaines d’elles depuis si longtemps.

    Comme Soderberg avec son dernier film, Ozon se contrefiche de son intrigue pour s’éclater avec sa distribution de rêve. Il met en scène des variations sur les relations qu’entretiennent ces huit femmes, chacune liée à cet homme assassiné que l’on ne verra jamais. Des rapports de force et de séduction, de haine parfois mais aussi d’amour. Chacune d’elle représente une façon d’être par rapport aux hommes, de l’épouse bourgeoise à la vieille fille, de l’ingénue à la maîtresse, de la putain à la mère. Chacune d’elle est aussi une façon d’être une actrice de cinéma, apportant une histoire cinéphile parfois très riche (Demy pour Darrieux et Deneuve, Truffaut pour Deneuve et Ardant, Sautet pour Béart qui porte en médaillon le portrait de Romy Schneider, Hanneke pour Huppert qui offre une extraordinaire caricature de La pianiste). Ozon propose des couples féminins inédit qui font regretter que certaines rencontres ne se soient pas faites plus tôt.

    Une des scènes les plus émouvantes dans ce registre est l’évocation par le personnage de Deneuve d’un « homme qu’elle a jadis aimé » où elle utilise une réplique du Dernier métro que Truffaut reprendra dans La Femme d’à côté où joue Fanny Ardant dont le personnage écoute, les larmes aux yeux, celui de Deneuve. C’est peut être à tiroir, mais c’est beau. Et, un peu plus tard, leur étreinte extraordinairement sensuelle n’en aura que plus de force.

    Mais le film fonctionne très bien sans ces références. C’est avant tout une comédie enlevée aux péripéties téléphonées mais réjouissantes par l’entrain mis par tout le monde à jouer le jeu. Les crêpages de chignons entre Deneuve et Huppert ou la façon dont elle « s’occupe » de sa mère sont dignes des grands moments de la comédie américaine.

    Et puis ces dames chantent. Chacune d’elle à son tour vient dévoiler une nouvelle facette de sa personnalité à travers une chanson populaire. Outre cette façon originale d’explorer les personnages, ce sont huit moments de bonheur en plus. Et l’esprit de Demy et de la comédie musicale ne sont pas absent de ce film, on peut conclure par cette jolie expression : 8 femmes, c’est du cinéma en-chanté.

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