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Par Vincent Jourdan

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L'anglaise et le duc

    Un film d'Eric Rohmer

    Plus de 20 ans après Perceval le Gallois et La marquise d’O, Eric Rohmer revient au film historique avec L’anglaise et le duc. Et comme pour Perceval, il utilise pour sa mise en scène un procédé tout à fait original et, à mon sens, très réussi dans ce nouveau film.

    L’anglaise et le duc se déroule sous la révolution française, de 1790 à 1794 et, pour ses extérieurs, Rohmer a utilisé des dessins, colorés comme des gravures ou des estampes d’époque. Le film est tourné en numérique, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une très belle image et, comme chez Spielberg ou Lucas, l’interaction entre personnages et décors est parfaite. L’ensemble donne même une impression d’authenticité que l’on trouve rarement dans des reconstitutions spectaculaires (et onéreuses). Rohmer nous donne ici une idée du Paris révolutionnaire qui sonne juste. Ce faisant, il propose une véritable alternative à l’emploi des effets numériques, pour une fois utilisés non pour donner une illusion du vrai (le Titanic, les dinosaures) mais un sentiment du vrai obtenu par une grande stylisation des décors.

    Le film est inspiré du journal intime de Grace Eliott, aristocrate anglaise, sensible aux idées de 1789 tout en étant attachée à la royauté et copine avec Marie Antoinette. Le duc, c’est celui d’Orléans, Philippe Egalité, cousin du roi acquis à la République. Anciens amants, ils gardent une profonde tendresse l’un pour l’autre, se fréquentent et parlent politique tout en vivant les grands évènements de l’époque. 1792 et la prise des Tuileries, les massacres de septembre qui traumatisent Grace, le procès et l’exécution du roi, la terreur et Robespierre. Le duc y laissera sa tête et notre héroïne ne devra son salut qu’à la chute de « l’incorruptible ».

    Ce film, c’est un peu l’anti-Marseillaise de Jean Renoir, le point de vue d’une aristocrate. Rohmer se définit comme un conservateur et le film, en phase avec le journal (réédité récemment) et le personnage principal, n’est pas tendre avec les sans culottes. Les séquences des massacres de septembre allient efficacement horreur graphique et tension dans un Paris en proie au chaos révolutionnaire. Ceci étant, République et Révolution ne sauraient se résumer à cette vision caricaturale. A cette réserve près, il se concentre sur les rencontres entre Grace et Philippe, joutes oratoires comme toujours chez Rohmer très bien écrites. Ce qui est remarquable, c’est que la tendresse et l’estime réciproque que se portent les personnages est toujours présente sous des conversations ou dominent politique et évènements du temps. On y voit notamment Philippe perdre progressivement le contrôle d’une situation chaque jours plus explosive. Et la montée de son impuissance l’amène au final, dans une scène très touchante, à parler de nouveau le langage du cœur à cette femme qu’il aime toujours.

    Le film est riche en péripéties et en suspense, on se souvient qu’Eric Rohmer est un admirateur éclairé d’Alfred Hitchcock. Le rythme est vif et il convient de saluer les prestations de Lucy Russel dans le rôle délicieusement aristocratique à l’anglaise et de Jean Claude Dreyfuss, vraiment épatant dans le rôle complexe du duc d’Orléans.

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