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Le meunier d'Angibault

- Catégorie : Romans / Nouvelles
- Par George Sand
-
- Date de publication sur In Libro Veritas : 10 septembre 2007 à 23h19
- Une heure du matin sonnait à Saint-Thomas-d'Aquin, lorsqu'une forme noire, petite et rapide, se glissa le long du grand mur ombragé d'un de ces beaux jardins qu'on trouve encore à Paris sur la rive gauche de la Seine, et qui ont tant de prix au milieu d'une capitale.
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388 pages
Le meunier d'Angibault
XXVIII. LA FÊTE.
Le meunier était retourné à la danse, espérant y retrouver Rose débarrassée de ce qu'il appelait dédaigneusement sa cousinaille. Mais Rose boudait contre ses parents, contre la danse et un peu aussi contre elle-même. Elle avait des remords de ne pas se sentir le courage d'affronter les brocards de sa famille.
Son père l'avait prise à l'écart le matin.
—Rose, lui avait-il dit, ta mère t'a défendu de danser avec le Grand-Louis d'Angibault, moi je te défends de lui faire cet affront. C'est un honnête homme, incapable de te compromettre ; et d'ailleurs, qui pourrait s'aviser de faire un rapprochement entre toi et lui ? Ce serait trop inconvenable, et au jour d'aujourd'hui, on ne peut pas supposer qu'un paysan oserait en conter à une fille de ton rang. Danse donc avec lui ; il ne faut pas humilier ses inférieurs ; on a toujours besoin d'eux un jour ou l'autre, et on doit se les attacher quand ça ne coûte rien.
—Mais si maman me gronde ? avait dit Rose, à la fois heureuse de cette autorisation, et blessée du motif qui la dictait.
—Ta mère ne dira rien. Je lui ai fait la morale, avait répondu M. Bricolin ; et en effet, madame Bricolin n'avait rien dit. Elle n'eût osé désobéir à son seigneur et maître, qui lui permettait d'être méchante avec les autres, à la seule condition qu'elle fléchirait devant lui. Mais comme il n'avait pas jugé à propos de l'instruire de ses vues, comme elle ignorait l'importance qu'il attachait à se conserver l'alliance du meunier dans l'affaire diplomatique de l'acquisition du domaine de Blanchemont, elle avait su éluder ses ordres, et sa condescendance ironique était plus lâcheuse pour le Grand-Louis qu'une guerre ouverte.
Ennuyé de ne pas voir Rose, et comptant sur la protection de son père, qu'il avait vu rentrer à la ferme, Grand-Louis s'y rendit, cherchant quelque prétexte pour causer avec lui et apercevoir l'objet de ses pensées.
Son père l'avait prise à l'écart le matin.
—Rose, lui avait-il dit, ta mère t'a défendu de danser avec le Grand-Louis d'Angibault, moi je te défends de lui faire cet affront. C'est un honnête homme, incapable de te compromettre ; et d'ailleurs, qui pourrait s'aviser de faire un rapprochement entre toi et lui ? Ce serait trop inconvenable, et au jour d'aujourd'hui, on ne peut pas supposer qu'un paysan oserait en conter à une fille de ton rang. Danse donc avec lui ; il ne faut pas humilier ses inférieurs ; on a toujours besoin d'eux un jour ou l'autre, et on doit se les attacher quand ça ne coûte rien.
—Mais si maman me gronde ? avait dit Rose, à la fois heureuse de cette autorisation, et blessée du motif qui la dictait.
—Ta mère ne dira rien. Je lui ai fait la morale, avait répondu M. Bricolin ; et en effet, madame Bricolin n'avait rien dit. Elle n'eût osé désobéir à son seigneur et maître, qui lui permettait d'être méchante avec les autres, à la seule condition qu'elle fléchirait devant lui. Mais comme il n'avait pas jugé à propos de l'instruire de ses vues, comme elle ignorait l'importance qu'il attachait à se conserver l'alliance du meunier dans l'affaire diplomatique de l'acquisition du domaine de Blanchemont, elle avait su éluder ses ordres, et sa condescendance ironique était plus lâcheuse pour le Grand-Louis qu'une guerre ouverte.
Ennuyé de ne pas voir Rose, et comptant sur la protection de son père, qu'il avait vu rentrer à la ferme, Grand-Louis s'y rendit, cherchant quelque prétexte pour causer avec lui et apercevoir l'objet de ses pensées.
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