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Le meunier d'Angibault

- Catégorie : Romans / Nouvelles
- Par George Sand
-
- Date de publication sur In Libro Veritas : 10 septembre 2007 à 23h19
- Une heure du matin sonnait à Saint-Thomas-d'Aquin, lorsqu'une forme noire, petite et rapide, se glissa le long du grand mur ombragé d'un de ces beaux jardins qu'on trouve encore à Paris sur la rive gauche de la Seine, et qui ont tant de prix au milieu d'une capitale.
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388 pages
Le meunier d'Angibault
XIII. ROSE.
Malgré cette appréhension, Rose sentait un attrait invincible pour Marcelle. Elle l'aida à coucher son fils, l'entoura de mille prévenances charmantes, et, en la quittant, elle prit sa main pour la baiser. Marcelle, qui l'aimait déjà comme un enfant bien doué de la nature, l'en empêcha en l'embrassant sur les deux joues. Rose, encouragée et ravie, hésitait à partir.
—Je voudrais vous demander une chose, lui dit-elle enfin. Est-ce que le Grand-Louis a vraiment assez d'esprit pour vous comprendre ?
—Certainement, Rose ! Mais qu'est-ce que cela vous fait ? répondit Marcelle avec un peu de malice.
—C'est que cela m'a paru bien singulier, de voir aujourd'hui que, de nous tous, c'était notre meunier qui avait le plus d'idées. Il n'a pourtant pas reçu une bien belle instruction, ce pauvre Louis !
—Mais il a tant de coeur et d'intelligence ! dit Marcelle.
—Oh ! du coeur, oui. Je le connais beaucoup, moi, ce garçon-là. J'ai été élevée avec lui. C'est sa soeur aînée qui m'a nourrie et j'ai passé mes premières années au moulin d'Angibault... Est-ce qu'il ne vous l'a pas dit ?
—Il ne m'a pas parlé de vous, mais j'ai cru voir qu'il vous était fort dévoué.
—Il a toujours été très-bon pour moi, dit Rose en rougissant. La preuve qu'il est excellent, c'est qu'il a toujours aimé les enfants. Il n'avait que sept ou huit ans quand j'étais en nourrice chez sa soeur, et ma grand'mère dit qu'il me soignait et m'amusait comme s'il eût été d'âge à être mon père. Il paraît aussi que j'avais pris tant d'amitié pour lui que je ne voulais pas le quitter, et que ma mère, qui ne le haïssait pas dans ce temps-là comme aujourd'hui, le fit venir à la maison quand je fus sevrée, pour me tenir compagnie.
—Je voudrais vous demander une chose, lui dit-elle enfin. Est-ce que le Grand-Louis a vraiment assez d'esprit pour vous comprendre ?
—Certainement, Rose ! Mais qu'est-ce que cela vous fait ? répondit Marcelle avec un peu de malice.
—C'est que cela m'a paru bien singulier, de voir aujourd'hui que, de nous tous, c'était notre meunier qui avait le plus d'idées. Il n'a pourtant pas reçu une bien belle instruction, ce pauvre Louis !
—Mais il a tant de coeur et d'intelligence ! dit Marcelle.
—Oh ! du coeur, oui. Je le connais beaucoup, moi, ce garçon-là. J'ai été élevée avec lui. C'est sa soeur aînée qui m'a nourrie et j'ai passé mes premières années au moulin d'Angibault... Est-ce qu'il ne vous l'a pas dit ?
—Il ne m'a pas parlé de vous, mais j'ai cru voir qu'il vous était fort dévoué.
—Il a toujours été très-bon pour moi, dit Rose en rougissant. La preuve qu'il est excellent, c'est qu'il a toujours aimé les enfants. Il n'avait que sept ou huit ans quand j'étais en nourrice chez sa soeur, et ma grand'mère dit qu'il me soignait et m'amusait comme s'il eût été d'âge à être mon père. Il paraît aussi que j'avais pris tant d'amitié pour lui que je ne voulais pas le quitter, et que ma mère, qui ne le haïssait pas dans ce temps-là comme aujourd'hui, le fit venir à la maison quand je fus sevrée, pour me tenir compagnie.
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