In Libro Veritas

Le même costume

Par ati

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

La surprise du testament

Le cortège arrive au niveau du cimetière et ralentit l’allure.  Les quatre ou cinq personnes  de la famille du défunt, toutes de noir vêtues suivent le  corbillard. Certains discutent à voix basse.
- Crois-tu qu’il mérite un tel enterrement ? Demande Jacques.
- Pourquoi me poses-tu cette question ? Et pourquoi t’es-tu mis sur ton trente et un ? Tu as fais des frais ! Penses-tu hériter de quelque chose ? Lui répond Marc.
- Ben... c’est que... normalement, il faut s’habiller ainsi pour un enterrement ! De toute façon, j’ai fait comme toi.
- Non, c’est mon costume de mariage, je l’avais pris noir en prévision d’une réutilisation possible. On ne se marie pas souvent dans un délai qui permette de porter à nouveau le même habit ou alors la nouvelle mariée veut que l’on en porte un neuf !
- Ben toi, tu es vachement prévoyant !
- Et puis, ce n’est que notre oncle. C’est vrai qu’il n’avait pas d’enfant mais... qui sait, nous aurons peut être une surprise chez le notaire. Bonne ou mauvaise ?
- Tu crois qu’il aurait pensé à nous ?
- Chut, nous arrivons. Le curé va nous passer la parole si nous bavardons trop, je préfère me faire oublier.
Les employés aux pompes funèbres ouvrent déjà la porte arrière du véhicule et glissent le cercueil afin de le prendre par les poignées. Les quatre hommes lèvent leur lourd fardeau, le cercueil est en bois massif sculpté, et le porte sur un catafalque. Il est prévu de lire des passages de la bible. Le défunt l’a demandé dans ses dernières volontés. Puis les personnes présentes pourront lui rendre hommage à leur façon.
- Tu crois qu’il a voulu se racheter de toute son avarice par ses lectures saintes ?
- Non, tout ça, c’est pour la galerie, pour faire bien. Il n’en avait rien à faire. Il allait à la messe de temps en temps quand il le fallait sinon, il prétendait qu’il était trop occupé. Cela faisait bien de faire croire qu’il était croyant.
- Il ne croyait pas à une vie après la mort ?
- Je ne pense pas ! Chuuuut.

La lecture des saintes écritures semble interminable et enfin, la famille peut se recueillir un instant. Ensuite chacun se regarde. Ils attendent avec impatience le moment de se retrouver chez le notaire.
Jacques, très curieux et impatient rompt le silence.

- A quelle heure devons-nous être chez le notaire ?
- Il nous attend dès que nous le voulons, il était en vacances et est revenu pour nous. Donc, il n’y a pas d’heure précise et il savait l’heure de l’enterrement. Tiens, au fait, il n’est pas là ?!!
- Oncle avait de l’argent mais il n’était pas estimé. La preuve ! Avez-vous remarqué le peu de personnes présentes ? Allons-y, chacun a sa voiture alors, à tout de suite pour les surprises !

Le groupe se sépare un peu inquiet car l’oncle n’était ni affable, ni famille. Les questions tournent dans les têtes et comme par hasard, ce sont les mêmes, bien sûr.
 
Les trois neveux dont l’un avec sa femme et Julie, la nièce, sont assis dans l’étude du notaire. Il est debout derrière son bureau et tient le testament de l’oncle. Le notaire les observe un à un pour essayer de se faire une idée des personnes et de deviner à qui l’oncle a laissé son héritage.

Il pense qu’aucun ne le mérite sauf, peut être ... ?
- Bon, assez tergiversé, je vais ouvrir cette enveloppe.

Ce faisant, il joint le geste à la parole et le coupe-papier habilement manié laisse entrevoir le feuillet si important. Il lit d’abord mentalement afin de savoir quelle attitude, il doit adopter pour présenter les dernières volontés du riche défunt à ses neveux. Puis, il se décide à parler mais d’un ton énigmatique.

- Je soussigné, etc. ..... Ah, voilà, « Je lègue à mes neveux et à ma nièce ma maison et tous mes biens à la condition qu’ils viennent s’y installer et que l’un d’eux viennent chaque jour sur ma tombe pour la fleurir ».
La stupéfaction se lit sur les visages, ils n’en reviennent pas et regarde le notaire comme s’ils attendaient encore quelque chose.
- Il y a un ajout en bas du document, « Les héritiers doivent maintenir le niveau de mes biens à une valeur constante et la maison ne doit pas être vendue ou tout autre bien m’appartenant, sinon l’ensemble de mes biens sera alors attribué à une œuvre de charité ».

- Wouaah. Emet Jacques. Nous allons devoir vivre tous ensemble ! Mais c’est quasiment impossible, nous sommes trop différents, il doit y avoir un moyen de contourner cela !
- Je regrette. Dit le notaire. Vous devez vous y conformer et je suis là pour m’assurer de la bonne exécution du testament. Dès que vous aurez tous emménagé dans la maison, je vous remettrai tous les papiers nécessaires et le centre français des notaires sera prévenu qu’aucun acte ne pourra être traité sans passer par mon étude.
- Quelle poisse ! Gémit Marc.
- C’est cela ou rien. Enchérit la nièce.
 
Quelques temps plus tard, nos cinq compères et leurs enfants sont installés dans leur nouveau logis. Aucun ne s’est attribué l’ancienne chambre de leur oncle. Il le craignait de son vivant et cette crainte ne s’est pas estompée. Et puis, cette fantaisie de les faire vivre ici, tous ! Bonjour les futures disputes. Encore heureux qu’il restait suffisamment d’argent et que le personnel soit resté. 

- Pas de courses à faire, ni de ménage, ni de cuisine, c’est le pied mais, nous ne pouvons guère choisir ce que nous voulons. Ou bien, oui, nous allons être chacun à notre tour responsable des choix ainsi, de temps en temps nous aurons ce que nous aimons. Proposa Julie.
- Ma foi, cela me parait équitable, et celui qui sera de semaine de choix, le sera aussi pour le cimetière !
 
Les premiers jours se déroulent sans trop de problèmes et une nuit... un cri retentit.
Tous se précipitèrent vers la chambre d’où cela venait. L’enfant tremblait apeuré et des perles de sang suintaient au niveau de deux petits points rouges dans son cou.
- Maman, j’ai peur, qui était-ce ? Il m’a pris dans ses bras pour m’embrasser et puis... Je ne me sens pas bien....
- Ne t’inquiètes pas, nous sommes là, dors tranquillement. Tiens prend un cachet, tu as fais un mauvais rêve.

Les cinq compères descendent dans le salon. Ils se regardent hébétés.
- Je suis sûre que vous n’allez pas me croire, mais je pense qu’un vampire rôde dans les parages. Dit Jacques.
- Mais tu es fou, tu crois vraiment à ces horreurs ?! Tu veux que nous ayons des cauchemars. Le petit a sans doute été piqué par une araignée, nous verrons cela demain.
 
Et tandis que chacun retourne se coucher, une ombre glisse d’une pièce à l’autre. Cet être à l’air de bien connaître les lieux et finalement, il entre dans la chambre de l’oncle, appuie sur un bouton et disparaît derrière un panneau.
 
La nuit suivante, Jacques prend son courage à deux mains et guette au bout du couloir. Mais il s’endort et un cri le réveille. Il se remet debout et court. Il entrevoit l’ombre qui rentre dans la chambre de feu son oncle, il la suit, et... rien, plus rien.
- Je vais devenir fou, j’ai bien vu quelque chose. Mon oncle, si c’est votre fantôme, faites-moi signe !
- Tiens, tiens. Dit une voix bizarre, quelqu’un serait sensé parmi mes neveux !
- Mon oncle, avez-vous un message pour nous ?


- Oui, je vous remercie de m’avoir apporté du sang frais et jeune afin que je puisse me nourrir sur place. Ainsi, je n’ai pas besoin de faire comme mes congénères qui sont obligés de courir les campagnes ou les rues pour trouver du sang correct à se mettre sous la dent. Vos enfants sont sains et n’ont pas le sida, je suppose ?! Il ne manquerait plus que je transmette la mort à quelqu’un !

Chapitre suivant : La vengeance