In Libro Veritas

Un accident de solitude

Par Aubert Péchon

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Table des matières
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L'espace de Kinésithérapie

La majeure partie des bureaux des médecins se trouve aussi au premier étage. Il y a également le secrétariat médical avec ses secrétaires un peu particulières; elles vous regardent sans vous voir (à moins qu'elles ne vous voient sans vous regarder !) Enfin, cela doit être une constante chez elles comme chez la majeure partie des membres du personnel, d’ailleurs.
Au bout d'un long couloir couvert, se trouve l'espace de kinésithérapie. Il est composé d'un grand gymnase, garni d'une quinzaine de tables de massage. Une vingtaine de kinésithérapeutes y travaillent. Dans deux salles plus petites, plus au calme, on rééduque des patients ayant des affections assez graves, nécessitant des appareillages spécifiques.
A côté du gymnase, se trouve une petite piscine de rééducation ; je dis bien « petite », car lorsqu'il y a une dizaine de personnes dans l'eau, c'est la foule ! Il faut alors s'organiser pour faire ses exercices correctement … en ce qui me concerne, je devais principalement marcher dans l'eau. Ainsi, certains jours "d'affluence", il ne me restait plus qu'à tourner en rond, et à essayer de venir quand il y aurait moins de monde !
Cette piscine n'a pas été creusée dans le sol, mais elle a été installée SUR le sol ; pour y entrer, il fallait d'abord monter un petit escalier, et descendre ensuite dans l'eau. Il y avait un dispositif à l'usage des personnes ne pouvant pas emprunter l'escalier : une chaise orthopédique qui les soulevait, et qui les déposait dans l'eau par l'intermédiaire d'un système électrique.
La kinésithérapie, c'était un peu la raison d’être de Sancellemoz ; on y venait d'abord pour la rééducation. Tous les pensionnaires y allaient donc tous, plus ou moins chaque jour.
Ainsi, lorsque l'on voulait faire la connaissance d'une nouvelle personne, on lui demandait d'abord ce qu'il (ou elle) a eu comme problème de santé, ou comme accident. La vie professionnelle, la famille, les amis, cela venait après, si l'on s'appréciait mutuellement.

C'était un peu l'endroit où discuter sans trop s'engager.
A ce sujet, il y avait même un appareil, où, spontanément, les langues se déliaient ; c'était le "COMPEX", ou électro-stimulateur. C'était un appareil pour stimuler électriquement les muscles d'un membre provisoirement, au repos. La plupart des gens l'utilisent sur les cuisses, mais certains stimulaient également les muscles d'une épaule avec.
En ce qui me concerne, je qualifierais cet appareil "d'engin diabolique" ; en effet, après trois mois d'utilisation, je n'arrivais toujours pas à me brancher correctement: connecter les bons fils sur les bonnes électrodes, ne pas me mettre trop de gel sur les cuisses (pour la conduction du courant).
Pourtant, cet appareil avait, selon moi, un rôle social non négligeable : celui de « faire parler » ; comme les kinésithérapeutes avaient des réponses plus ou moins évasives quand on leur demandait des conseils, on devait bien s'entraider entre patients.
Peut-être était-ce fait exprès …
En donnant des conseils ou en en recevant, on pouvait ainsi discuter avec des nouvelles personnes, ou avec des plus anciennes, voire même avec d’autres kinésithérapeutes que ceux qui sont censés s'occuper de vous.
Bref, tout occupé que j'étais à me brancher correctement et à discuter, j'en oubliais l'heure !
Je disposais théoriquement de trente minutes pour effectuer cet exercice, et mon record de branchement était de … quarante minutes ! Plusieurs fois, alors que j'avais à peine fini de me brancher, mon kinésithérapeute venait me chercher pour mon massage quotidien du pied.
Dans ces moments là, je me sentais très seul … Une quinzaine de jours avant mon départ, j'ai eu droit à des électrodes autocollantes, ce qui a eu pour principal intérêt d'éviter de me mettre du gel partout ! Je devais alors les brancher sur mon mollet pour stimuler mon pied blessé ; cela fonctionnait bien, car mon pied tout entier bougeait ! Mais était-ce efficace ? Je ne le saurais jamais, puisque je venais de reprendre la marche depuis quelques semaines… enfin, c'est l'intention qui compte !
Mon kinésithérapeute m'a également dit qu'un stagiaire se « ferait la main » sur moi ; je l'ai attendu jusqu'à mon départ…

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