In Libro Veritas

Un accident de solitude

Par Aubert Péchon

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Trois mois en fauteuil roulant

Au sortir de mon opération, et donc pendant trois mois, je ne me suis déplacé qu'en fauteuil roulant. Cela ne m'a pas posé de problème particulier; en effet, ce centre est très bien équipé pour les personnes handicapéses se déplaçant en fauteuil roulant.
Comme je n'étais pas très stable avec des béquilles ou avec un déambulateur, il a été jugé plus sûr de m'attribuer ce mode de déplacement.                                                                                                                              Ce qui m'a surtout frappé au début de mon séjour, c'est que les personnes en fauteuil roulant ne sont pas cataloguées d'entrée comme handicapées.
Toutefois, celles souffrant de lourdes pathologies sont tout de même infantilisés; le personnel soignant leur parle plus fort qu'aux autres, et/ou décompose son discours. Leur famille, ainsi que les autres patients y sont également pour beaucoup, en parlant à leur place, souvent en leur présence, d'ailleurs.
En ce qui me concerne, il m'est arrivé à de nombreuses reprises de discuter avec ces grands handicapés. La tentation est grande, il est vrai, de se croire supérieurs à eux et de compatir à leurs malheurs.
Je pense alors qu'il faut discuter tout simplement avec eux comme avec n'importe qui. A présent que je suis sorti de ce centre de rééducation, et que je pense à ceux qui sont restés là-bas, je mesure la chance que j’ai de pouvoir remarcher, chose que certains de mes ex-compagnons d'infortune ne feront peut-être jamais…
Bref, compatir part sûrement d’un bon sentiment, je n’en doute pas, mais je pense que cela contribue à l’infantilisation de ces personnes qui doivent se sentir bien seules dans ces moments là. Quant à celles qui ne peuvent pas s’exprimer correctement, je pense que ce sont celles qui sont le plus à plaindre; mais là, c'est moi qui me met à parler à leur place …

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