Ma nuit face au Mont Blanc
J’observe la montagne que l’obscurité envahit peu à peu. Je n'ai pas tellement faim; heureusement, car je n'ai rien à manger. Bah, qui dort dîne, j'essaie donc de m'installer le plus confortablement possible pour la nuit.
Sur un rocher, même plat, cela n’est pas évident. Mes pieds sont trempés, à force d'avoir marché sur le glacier et sur les névés; je décide alors malgré le froid, désormais très présent, de me déchausser et de me les masser. Je ne risque pas de gelure à cette altitude, ni en cette saison, mais quand même, il vaut mieux rétablir la circulation du sang. Dans le fond de mon sac à dos, il me reste un petit gilet d'été; j'y enveloppe mes pieds, et les remet ainsi dans le sac, relativement à l'abri du froid, donc. Par contre, ce que je gagne en chaleur, je le perds en équilibre. En effet, j'ai les deux pieds « dans le même sabot », je suis assez instable …
Tout en me préparant, j’assiste à un fabuleux coucher de soleil. Ses derniers rayons se confondent avec la blancheur de la neige, en un dégradé de rouge et d’orangé; c’est vraiment magnifique. Rien que pour cela, je me dis que j’ai bien fait de tenter l’aventure.
Parallèlement, je vois s’amonceler, non sans une certaine appréhension, de plus en plus de nuages. J’ai en effet choisi pour mon bivouac improvisé, un endroit assez dégagé; je suis donc à la merci de la moindre pluie. Finalement, ces dangereux nuages finiront par partir, laissant la place à une belle nuit étoilée.
Je distingue même les sommets environnants, que ne tarde pas à éclairer la lune.
Sur un rocher, même plat, cela n’est pas évident. Mes pieds sont trempés, à force d'avoir marché sur le glacier et sur les névés; je décide alors malgré le froid, désormais très présent, de me déchausser et de me les masser. Je ne risque pas de gelure à cette altitude, ni en cette saison, mais quand même, il vaut mieux rétablir la circulation du sang. Dans le fond de mon sac à dos, il me reste un petit gilet d'été; j'y enveloppe mes pieds, et les remet ainsi dans le sac, relativement à l'abri du froid, donc. Par contre, ce que je gagne en chaleur, je le perds en équilibre. En effet, j'ai les deux pieds « dans le même sabot », je suis assez instable …
Tout en me préparant, j’assiste à un fabuleux coucher de soleil. Ses derniers rayons se confondent avec la blancheur de la neige, en un dégradé de rouge et d’orangé; c’est vraiment magnifique. Rien que pour cela, je me dis que j’ai bien fait de tenter l’aventure.
Parallèlement, je vois s’amonceler, non sans une certaine appréhension, de plus en plus de nuages. J’ai en effet choisi pour mon bivouac improvisé, un endroit assez dégagé; je suis donc à la merci de la moindre pluie. Finalement, ces dangereux nuages finiront par partir, laissant la place à une belle nuit étoilée.
Je distingue même les sommets environnants, que ne tarde pas à éclairer la lune.
Je m’allonge sur la pierre à peu près lisse, et malgré l’inconfort de la situation, je sens le sommeil me gagner. Pourtant, je ne suis pas tranquille, j’ai peur de glisser…
Alors je me redresse, je regarde à nouveau le fabuleux spectacle que m’offre la Nature.
Plus la lune s’élève dans le ciel, plus elle révèle les hautes silhouettes des cimes enneigées.
J’ai envie de partager ce moment d’exception, il n’est pas encore très tard, vingt heures environ…
Les ondes de mon téléphone portable vont-elles franchir toutes ces montagnes ? C'est un mystère …
Je compose le numéro d’un ami, et ô miracle de la technologie, la communication « passe », enfin presque, car personne ne me répond.
Une messagerie m’invite à raconter ma vie, ce que je fais d’autant plus volontiers que je suis un peu frustré de ne pas avoir la discussion attendue.
Je décris la montagne environnante, le côté saugrenu de la situation. En effet, une personne « censée » se serait mise sans attendre en quête des secours.
Je n’ose pas appeler quelqu’un de trop proche, voire de ma famille ; ils pourraient s’inquiéter. Tant pis, je garderai tout cela pour moi, enfin, pour l’instant.
Au fait, ai-je pensé à appeler les secours durant toute cette aventure ? Je ne m’en souviens pas, je suis bien, tout en étant mal installé. Je sais que cette situation ne se reproduira pas de sitôt, j’en profite …
Je me replonge dans la contemplation des étoiles, c’est beau, mais toute la nuit, ça risque d’être long.
Bon, je décide de prendre mon mal en patience de toutes façons, il n’y a rien d’autre à faire !
Malgré ma volonté de rester éveillé, le sommeil me gagne irrémédiablement. Cependant, je ne dors que pendant de courtes périodes,
Alors je me redresse, je regarde à nouveau le fabuleux spectacle que m’offre la Nature.
Plus la lune s’élève dans le ciel, plus elle révèle les hautes silhouettes des cimes enneigées.
J’ai envie de partager ce moment d’exception, il n’est pas encore très tard, vingt heures environ…
Les ondes de mon téléphone portable vont-elles franchir toutes ces montagnes ? C'est un mystère …
Je compose le numéro d’un ami, et ô miracle de la technologie, la communication « passe », enfin presque, car personne ne me répond.
Une messagerie m’invite à raconter ma vie, ce que je fais d’autant plus volontiers que je suis un peu frustré de ne pas avoir la discussion attendue.
Je décris la montagne environnante, le côté saugrenu de la situation. En effet, une personne « censée » se serait mise sans attendre en quête des secours.
Je n’ose pas appeler quelqu’un de trop proche, voire de ma famille ; ils pourraient s’inquiéter. Tant pis, je garderai tout cela pour moi, enfin, pour l’instant.
Au fait, ai-je pensé à appeler les secours durant toute cette aventure ? Je ne m’en souviens pas, je suis bien, tout en étant mal installé. Je sais que cette situation ne se reproduira pas de sitôt, j’en profite …
Je me replonge dans la contemplation des étoiles, c’est beau, mais toute la nuit, ça risque d’être long.
Bon, je décide de prendre mon mal en patience de toutes façons, il n’y a rien d’autre à faire !
Malgré ma volonté de rester éveillé, le sommeil me gagne irrémédiablement. Cependant, je ne dors que pendant de courtes périodes,
et je me réveille brusquement.
Je consulte ma montre, il est vingt trois heures.
J’ai dû dormir un peu quand même, tant mieux, c'est toujours cela de gagné. Je distingue les lumières de la vallée. Cela me paraît un peu surréaliste de penser que je suis éloigné de tout, ici, à près de 3000 mètres. (J’ai perdu un peu d’altitude depuis le glacier). En bas en revanche, il est probable que personne ne soit au courant de ma situation, mais cela n’est pas fait pour me déplaire, j’aime la solitude.
Les cafés sont sûrement bondés à cette heure, les discothèques ouvrent leurs portes, les restaurants ferment les leurs ; bref, la vie, quoi !
Et moi qui suis peut-être en danger de mort …Pourtant, je suis stoïque …
Je préfère malgré tout chasser ces idées noires, penser que je suis bien vivant, et que j’ai la chance de vivre des instants d’exception !
J’ai dû dormir un peu quand même, tant mieux, c'est toujours cela de gagné. Je distingue les lumières de la vallée. Cela me paraît un peu surréaliste de penser que je suis éloigné de tout, ici, à près de 3000 mètres. (J’ai perdu un peu d’altitude depuis le glacier). En bas en revanche, il est probable que personne ne soit au courant de ma situation, mais cela n’est pas fait pour me déplaire, j’aime la solitude.
Les cafés sont sûrement bondés à cette heure, les discothèques ouvrent leurs portes, les restaurants ferment les leurs ; bref, la vie, quoi !
Et moi qui suis peut-être en danger de mort …Pourtant, je suis stoïque …
Je préfère malgré tout chasser ces idées noires, penser que je suis bien vivant, et que j’ai la chance de vivre des instants d’exception !
Il n’empêche.
J’ai froid.
J’ai faim.
Je suis mal installé.
J’ai beau essayer de chasser ces pensées pessimistes, elles reviennent toujours. Je m’allonge de nouveau, je contemple la lune étoilée, je ne me lasse pas du spectacle.
Finalement, je suis un privilégié, du moins, essayé-je de m’en persuader…
J’ai froid.
J’ai faim.
Je suis mal installé.
J’ai beau essayer de chasser ces pensées pessimistes, elles reviennent toujours. Je m’allonge de nouveau, je contemple la lune étoilée, je ne me lasse pas du spectacle.
Finalement, je suis un privilégié, du moins, essayé-je de m’en persuader…
Trois heures du matin.
Encore un peu de sommeil … la lune est à son apogée dans le ciel. Je peux à présent distinguer tous les contours des montagnes environnantes. C’est magnifique. J’ai hâte de pouvoir les regarder clairement, ces fameux sommets, cela voudra dire que je pourrai repartir, bouger enfin pour me réchauffer.
Les alentours immédiats de mon bivouac improvisé me paraissent hostiles, je ne fais pas de mouvements brusques. Je suis quand même en haute montagne, laquelle cache de nombreux pièges au randonneur amateur que je suis.
Comme le ciel est clair, je ne sais pas si c’est la lune qui éclaire le ciel, ou si c’est le jour qui est en train de se lever. J’ai quand même bien peur qu’il ne soit encore beaucoup trop tôt pour repartir.
Comme le ciel est clair, je ne sais pas si c’est la lune qui éclaire le ciel, ou si c’est le jour qui est en train de se lever. J’ai quand même bien peur qu’il ne soit encore beaucoup trop tôt pour repartir.
Quatre heures.
Cette fois, ça y est, c’est bien le jour qui commence à poindre. Cependant, c’est très léger ; il s’agit juste d’une légère clarté qui apparaît dans le ciel.
Quelques cimes se détachent un peu plus que les autres, mais l’ensemble reste encore bien noir.
Quelques cimes se détachent un peu plus que les autres, mais l’ensemble reste encore bien noir.
Cinq heures
La clarté est à présent beaucoup plus perceptible, mais mes environs immédiats restent encore un peu sombres. Il serait dangereux pour moi de reprendre mon ascension dès maintenant.
Six heures trente.
A présent, le jour est bel est bien levé. Le soleil a même fait son apparition.
En dépit de mes considérations pour cette nuit inhabituelle, je suis relativement content de quitter ce lieu, finalement assez inhospitalier.
Mes chaussettes sont toujours aussi mouillées, tant pis, elles sècheront sur moi. Je suis trop heureux de pouvoir repartir sain et sauf. Je remets mes chaussures, boucle mon sac, l’ajuste sur mon dos. Malgré tout, j’ai un regard ému pour la plateforme rocheuse qui m’a accueilli l’espace d’une nuit… Puis, mon regard se porte sur la montagne qu’il me reste à gravir pour retrouver le chemin du téléphérique, le chemin de la vallée.
Que c’est haut, aurais-je le courage d’escalader tous ces rochers après la nuit que j’ai passé ?
Je préfère ne pas y penser, et j’entreprends sereinement ma lente ascension.
Cependant, je me fatigue vite.
Un passage est vraisemblablement plus facile d’accès, mais je dois franchir auparavant une étendue enneigée sur laquelle je n’aurai aucune prise.
Il me faut redescendre quelques mètres sur un névé gelé.
Je m’interroge … l’entreprise est tout de même risquée …
Je préfère ne pas y penser, et j’entreprends sereinement ma lente ascension.
Cependant, je me fatigue vite.
Un passage est vraisemblablement plus facile d’accès, mais je dois franchir auparavant une étendue enneigée sur laquelle je n’aurai aucune prise.
Il me faut redescendre quelques mètres sur un névé gelé.
Je m’interroge … l’entreprise est tout de même risquée …
Huit heures
J’aperçois un guide de haute montagne et sa cliente à quelques dizaines de mètres de moi qui me regardent. Il me serait si facile de les appeler, de leur demander de m’aider à me sortir de ce mauvais pas, vous pensez, un guide …
Mais non ! Un sursaut d’orgueil mal placé, et je me dis que je vais m’en sortir tout seul.
Pourtant, à peine engagé dans la pente, je dévie de ma trajectoire, je ne peux plus la contrôler.
Ma vitesse s’accélère, quelques îlots rocheux sur le parcours ne réussissent qu’à me labourer le dos, à défaut de me freiner.
C’est la chute, une chute que je crois sans fin.
Mais non ! Un sursaut d’orgueil mal placé, et je me dis que je vais m’en sortir tout seul.
Pourtant, à peine engagé dans la pente, je dévie de ma trajectoire, je ne peux plus la contrôler.
Ma vitesse s’accélère, quelques îlots rocheux sur le parcours ne réussissent qu’à me labourer le dos, à défaut de me freiner.
C’est la chute, une chute que je crois sans fin.
Je n’ai pourtant pas peur, j’ai en effet l’impression de glisser normalement sur une pente enneigée comme je l’ai fait tant et tant de fois quand j'étais enfant.
J’écarte tout de même le plus possible les bras et les jambes pour tenter d’enrayer cette chute … qui se termine malgré tout bien vite contre un rocher plus gros que les autres.
Heureusement pour moi toutefois, car le prochain arrêt, c’était la fameuse « Mer de Glace », après quelques mille mètres de chute libre !
Le plus « drôle » dans toute cette histoire, c’est que c’est le guide qui m’a vu tomber qui a alerté les secours.
Je le remercie ici, bien des années plus tard. Il m’a sans aucun doute sauvé la vie.
Il arrive rapidement près de moi, alerte les secours, et bientôt, un hélicoptère apparaît.
Celui-ci dépose dans un premier temps des secouristes et un matelas coquille qui servira à me transporter en toute sécurité jusque dans l'appareil. Je suis alors pris en charge par les sauveteurs. Ils me demandent ce qui m'est arrivé, où j'ai mal; bref, ils me réconfortent et me prennent en charge. Tout en discutant, ils m'arriment au matelas coquille, et y accrochent un câble, pour que je sois transporté dans l'hélicoptère, puis vers l'hôpital de Chamonix. Après m'avoir prodigué les premiers soins, il est décidé de m'évacuer vers Sallanches.
Je me souviens alors que juste avant de reprendre l’hélicoptère pour l’hôpital, je reste quelques minutes sur mon brancard au soleil, le chaud soleil estival qui est à l'origine de toute l'histoire...
J’ai séjourné une dizaine de jours à l’hôpital de Sallanches, puis, quand mon état s’est stabilisé, j’ai entrepris une rééducation de quatre mois et demi dans un centre spécialisé (Sancellemoz, sur la commune du Plateau d'Assy, en Haute Savoie.
Tout cela pour voir un panorama… Toutefois, comme j’ai fait ma rééducation dans la région, j’ai eu tout le loisir de profiter du paysage !
Tout cela pour voir un panorama… Toutefois, comme j’ai fait ma rééducation dans la région, j’ai eu tout le loisir de profiter du paysage !
Chapitre suivant : Mon arrivée à Sancellemoz