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Jean-Jacques Rousseau

- Catégorie : Biographies / Témoignages
- Par Jules Lemaître
-
- Date de publication sur In Libro Veritas : 19 juillet 2007 à 0h33
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287 pages
Jean-Jacques Rousseau
TROISIÈME CONFÉRENCE - le «discours sur les sciences et les arts» la réforme morale de rousseau.
J'ai traité aussi complètement que j'ai pu la question de Thérèse et de l'abandon des cinq enfants. J'ai présenté les diverses explications que donne Rousseau, et celles qu'il ne donne pas. Mais en voici une autre, d'ordre général, et qui rend compte de beaucoup d'actes de sa vie.
Nous avons, de Joubert, une longue lettre (six ou sept pages) à Molé sur Chateaubriand, écrite le 21 octobre 1803, et qui est une merveille d'analyse, on pourrait dire d'anatomie psychologique.
Nous y lisons vers la fin :
Il y a dans le fond de ce cœur (le cœur de Chateaubriand) une sorte de bonté et de pureté qui ne permettra jamais à ce pauvre garçon, j'en ai bien peur, de connaître et de condamner les sottises qu'il aura faites, parce que à la conscience de sa conduite, gui exigerait des réflexions, il opposera toujours machinalement le sentiment de son essence, qui est fort bonne.
Il me semble que cela convient singulièrement aussi à Rousseau. Et voici un passage des Confessions qu'on dirait écrit exprès pour illustrer par Rousseau la remarque de Joubert sur Chateaubriand.
C'est dans le voyage que fit Jean-Jacques à Genève en 1754. Il revoit madame de Warens, tout à fait déchue :
Ah ! écrit-il, c'était alors le moment d'acquitter ma dette. Il fallait tout quitter pour la suivre, m'attacher à elle jusqu'à sa dernière heure, et partager son sort, quel qu'il fût. Je n'en fis rien. Distrait par un autre attachement, je sentis relâcher le mien pour elle, faute d'espoir de pouvoir le lui rendre utile. Je gémis sur elle et ne la suivis pas. De tous les remords que j'ai sentis en ma vie, voilà le plus vif et le plus permanent.
(Là, décidément, il exagère, car enfin le remords de ses enfants abandonnés a dû ou aurait dû être pire ; mais il passe sa vie à exagérer.)
Nous avons, de Joubert, une longue lettre (six ou sept pages) à Molé sur Chateaubriand, écrite le 21 octobre 1803, et qui est une merveille d'analyse, on pourrait dire d'anatomie psychologique.
Nous y lisons vers la fin :
Il y a dans le fond de ce cœur (le cœur de Chateaubriand) une sorte de bonté et de pureté qui ne permettra jamais à ce pauvre garçon, j'en ai bien peur, de connaître et de condamner les sottises qu'il aura faites, parce que à la conscience de sa conduite, gui exigerait des réflexions, il opposera toujours machinalement le sentiment de son essence, qui est fort bonne.
Il me semble que cela convient singulièrement aussi à Rousseau. Et voici un passage des Confessions qu'on dirait écrit exprès pour illustrer par Rousseau la remarque de Joubert sur Chateaubriand.
C'est dans le voyage que fit Jean-Jacques à Genève en 1754. Il revoit madame de Warens, tout à fait déchue :
Ah ! écrit-il, c'était alors le moment d'acquitter ma dette. Il fallait tout quitter pour la suivre, m'attacher à elle jusqu'à sa dernière heure, et partager son sort, quel qu'il fût. Je n'en fis rien. Distrait par un autre attachement, je sentis relâcher le mien pour elle, faute d'espoir de pouvoir le lui rendre utile. Je gémis sur elle et ne la suivis pas. De tous les remords que j'ai sentis en ma vie, voilà le plus vif et le plus permanent.
(Là, décidément, il exagère, car enfin le remords de ses enfants abandonnés a dû ou aurait dû être pire ; mais il passe sa vie à exagérer.)
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