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Jean-Jacques Rousseau

- Catégorie : Biographies / Témoignages
- Par Jules Lemaître
-
- Date de publication sur In Libro Veritas : 19 juillet 2007 à 0h33
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287 pages
Jean-Jacques Rousseau
DIXIÈME CONFÉRENCE - les rêveries. - résumés et conclusions.
Lorsque Rousseau eût terminé la rédaction désordonnée et douloureuse des cinq cent quarante pages de ses Dialogues, il se demanda comment il ferait parvenir cette apologie à la connaissance des hommes.
Le plus simple eût été de porter son manuscrit chez le libraire Duchesne ou le libraire Pissot qui eussent accueilli avidement cette aubaine. Mais Jean-Jacques se méfiait du monde entier.—Les «coquilles» qui se rencontraient dans ses livres imprimés, il les attribuait à la malice de ses ennemis ; et il criait qu'«on» défigurait ses ouvrages pour le perdre.
Il était dans un état d'âme proprement mystique. Il se voyait comme le saint homme Job sur son fumier, délaissé de tous, et n'ayant de recours qu'en Dieu. Mais, parmi ses souffrances, son incroyable optimisme,—fils du rêve,—ne faisait même pas à Dieu les objections de Job. Il semble qu'à ce moment-là, les vertus dont il avait le germe se fussent parachevées en lui et que les autres lui fussent venues : douceur, charité, résignation, simplicité, désintéressement, goût de la sainte pauvreté ; toutes, dis-je, sauf l'humilité. Mais, du moins, sa soumission à Dieu et son détachement du monde étaient complets.
Je doute, écrit-il, que jamais mortel ait mieux et plus sincèrement dit à Dieu : Que ta volonté soit faite, et ce n'est pas sans doute une résignation fort méritoire à qui ne voit plus rien sur la terre qui puisse flatter son cœur.
Et c'est pourquoi il eut la pensée de s'en remettre à Dieu du sort de son manuscrit. Il le recopia de sa plus belle plume de calligraphe et d'ouvrier graveur et résolut,—lui calviniste, mais qui communiquait avec Dieu par-dessus les religions,—d'aller déposer le paquet sur le grand autel de l'église de Notre-Dame, «espérant que le bruit de cette action ferait parvenir son manuscrit sous les yeux du roi».
Le samedi, 24 février 1776, ayant enveloppé le manuscrit des Dialogues et y ayant mis cette suscription :
Le plus simple eût été de porter son manuscrit chez le libraire Duchesne ou le libraire Pissot qui eussent accueilli avidement cette aubaine. Mais Jean-Jacques se méfiait du monde entier.—Les «coquilles» qui se rencontraient dans ses livres imprimés, il les attribuait à la malice de ses ennemis ; et il criait qu'«on» défigurait ses ouvrages pour le perdre.
Il était dans un état d'âme proprement mystique. Il se voyait comme le saint homme Job sur son fumier, délaissé de tous, et n'ayant de recours qu'en Dieu. Mais, parmi ses souffrances, son incroyable optimisme,—fils du rêve,—ne faisait même pas à Dieu les objections de Job. Il semble qu'à ce moment-là, les vertus dont il avait le germe se fussent parachevées en lui et que les autres lui fussent venues : douceur, charité, résignation, simplicité, désintéressement, goût de la sainte pauvreté ; toutes, dis-je, sauf l'humilité. Mais, du moins, sa soumission à Dieu et son détachement du monde étaient complets.
Je doute, écrit-il, que jamais mortel ait mieux et plus sincèrement dit à Dieu : Que ta volonté soit faite, et ce n'est pas sans doute une résignation fort méritoire à qui ne voit plus rien sur la terre qui puisse flatter son cœur.
Et c'est pourquoi il eut la pensée de s'en remettre à Dieu du sort de son manuscrit. Il le recopia de sa plus belle plume de calligraphe et d'ouvrier graveur et résolut,—lui calviniste, mais qui communiquait avec Dieu par-dessus les religions,—d'aller déposer le paquet sur le grand autel de l'église de Notre-Dame, «espérant que le bruit de cette action ferait parvenir son manuscrit sous les yeux du roi».
Le samedi, 24 février 1776, ayant enveloppé le manuscrit des Dialogues et y ayant mis cette suscription :
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