Chapitre I
L’île aux Perroquets.
Où notre héros découvre une nouvelle île.
Après avoir voyagé plusieurs jours sur une mer assez calme, Gulliver se retrouva au large d’une île dont l’aspect accueillant attirait vers son rivage un nombre incalculable de nefs, barques, esquifs et vaisseaux en tous genres.
Notre ami se sentit irrésistiblement pris dans un fort courant de Nord-Ouest, et sans lutter vraiment pour garder son cap initial, il manœuvra toutefois de manière assez habile, et réussissant à éviter toute cette circulation navale, il toucha enfin à bon port.
L’animation qui y régnait était intense, et nul ne se serait cru aux portes d’une île, assez petite finalement.
Fatigué par une semaine en mer, il décida d’y faire une halte, non seulement pour y reprendre des forces, mais aussi pour s’enquérir des us et coutumes de ce royaume, tout à l’affût qu’il était de mettre à profit le fabuleux voyage dont il était malgré lui le protagoniste.
« Qui sait, pensait-il, si quelque invention ou lumière de cette société ne pourrait être bénéfique en Angleterre... ». Car malgré les mois, et même les années, qu’il avait passés dans ces rivages lointains, il gardait le secret espoir de revoir un jour sa chère patrie et son roi. Mais il dut se l’avouer, son cœur était lourd loin de sa bien-aimée. Il tremblait à l’idée qu’elle ne fût lasse de l’attendre.
Ces pensées quittèrent rapidement son esprit, et revenant à sa situation première, il s’empressa de découvrir les charmes et merveilles de cette île, tout en restant sur ses gardes, échaudé qu’il était de ses récentes expériences dans les royaumes de Liliputh et de Brobdingnag.
« Holà » répondit Gulliver sans même voir son interlocuteur.
« Êtes-vous nouveau ici ? Il faudra vous inscrire sans tarder dans notre registre, le mieux gardé de l’île. Rassurez-vous, cette formalité est absolument gratuite, car nul impôt n’est collecté par notre souverain. » Gulliver, surpris d’une telle déclaration, scruta avec plus d’attention les environs, et aperçut un perroquet, d’une variété exquise, qui lui adressait depuis le début la parole.
« Dites-moi, cher volatile, il est exact que je viens de débarquer ici, mais je connais bien le monde, et j’ai, par un hasard incroyable, foulé le sol de bien des contrées sous vos latitudes. Ainsi, sans vouloir m’immiscer dans les affaires de votre royaume, par quel prodige, quelle magie, votre gouvernement peut-il fonctionner sans collecter le moindre impôt ou taxe, non seulement de ses sujets, mais aussi des étrangers qui comme moi, abordent vos rivages ?»
Le curieux volatile, qui s’était approché, ne cessait de jacasser, et il fut bientôt rejoint par toute une bande bigarrée, parlant chacun en même temps. Ils lui disaient en substance qu’il fallait absolument s’inscrire sur le registre de l’île, que c’était tout à fait gratuit, et qu’un nouveau nom lui serait donné, particulier et protégé, lui permettant d’accéder aux services et loisirs de ce lieu, ainsi que pour se rendre utile, si le cœur lui en disait, à quelque emploi le temps de son séjour.
Gulliver, abasourdi par la marmaille à plumes, se décida enfin, et choisit sans réfléchir vraiment, un perroquet aux couleurs plus chatoyantes que les autres.
« Bien, dit-il, que dois-je donc faire? »
Le précieux cacatuidé lui expliqua en détail l’opération, qui selon lui, ne prendrait qu’une minute. Il suffisait de lui remettre le parchemin royal, garant de son identité, et en échange, le temps de son séjour, il recevrait un nouveau nom. Il accepta et c’est ainsi que commença pour Gulliver, maintenant « Gulli », ses aventures dans l’île aux Perroquets.
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