Le mimétisme comme source d apprentissage
Si le travail de modélisation est fait pour être transféré et reproduit, cela nous conduit à consacrer quelques lignes aux processus d’apprentissage et aux stratégies que nous développons pour assimiler de nouvelles connaissances.
Chaque individu traverse dans sa vie de grandes phases d’apprentissage.
Certains d’entre nous sont en perpétuelle formation et en perpétuel apprentissage.
D’autres reproduisent de manière automatique des apprentissages acquis au début de leur vie.
Il est selon moi une phase d’apprentissage majeure qui part de la naissance et qui se termine vers l’âge de 5 ans.
Durant cette phase, le nouveau né découvre son environnement, perçoit des informations et apprend à les classer et à les organiser.
Il développe des capacités à se déplacer, il apprend à marcher, il apprend les notions de plaisir et de déplaisir.
Il apprend également à communiquer avec les autres. Il développe la communication verbale (la parole), non verbale (les gestes et les attitudes), et para verbale (le ton et le rythme de voix).
C’est la seule phase de l’apprentissage pour laquelle nous soyons à peu près égaux.
Quelque soit le milieu social, quelque soit le pays, quelque soit le contexte, un enfant apprend à découvrir son environnement, apprend à marcher, à communiquer avec son entourage.
Je situe la deuxième grande phase d’apprentissage entre 5 et 30 ans.
Elle consiste dans nos civilisations dites évoluées à faire entrer le jeune dans un système d’apprentissage scolaire visant à lui transmettre un savoir théorique.
Pendant cette phase, il apprend également un métier. Le plus souvent de manière théorique.
Durant cette même période, dans d’autres types de civilisations il fait également l’apprentissage d’un métier, ou de la chasse, ou de la pêche mais de façon beaucoup plus pratique …
J’ai volontairement élargi cette phase entre 5 et 30 ans, mais elle peut être beaucoup plus courte, et quelquefois plus longue.
Je remarque que, passées ces deux grandes phases, les apprentissages s’espacent, et les acquisitions nouvelles sont le plus souvent le fruit de nos expériences, qui viennent enrichir nos connaissances.
Nous passons donc notre vie à mettre en application, plus ou moins consciemment, des apprentissages acquis dans notre jeunesse.
Comment apprend-on ?
Parmi les diverses manières d’apprendre, il en est une que l’on observe très fréquemment. C’est le mimétisme.
Le mimétisme
L’apprentissage par le mimétisme corrobore les travaux de la PNL sur la modélisation. Si nous faisons l’acquisition de nouveaux savoir faire en nous basant sur un modèle, alors, on doit pouvoir trouver le meilleur modèle, analyser et décomposer son savoir faire et le transférer à volonté.
On utilise l’apprentissage par le mimétisme dans beaucoup de domaines. Le sport en regardant son professeur ou en observant des vidéos. Dans le domaine professionnel par l’apprentissage au cours duquel l’élève observe le maître.
L’apprentissage par mimétisme a même été utilisé dans le domaine artistique en peinture par exemple, où l’on trouve des peintres de « l’école flamande » ou des artistes qui peignent « à la manière de ».
L’apprentissage par mimétisme nous permet d’acquérir des comportements nouveaux. Il ne sera pas utilisé pour acquérir des compétences théoriques nouvelles.
Une fois que l’on a acquis un nouveau savoir faire, pour le reproduire sans difficulté, nous mettons en œuvre un principe formidablement aidant : la généralisation.
L’apprentissage par la généralisation
Nous avons tous dans les premières années de notre vie appris à ouvrir une porte.
Pour cela nous avons vraisemblablement fait appel à l’apprentissage par mimétisme, en regardant un parent ou un autre adulte faire.
Puis nous avons tenté de reproduire cet apprentissage en expérimentant nous-mêmes l’ouverture d’une porte.
Les résultats que nous avons obtenus nous ont conduits à penser qu’à un moment nous avions pu ouvrir une porte.
Lorsque nous avons dû ouvrir les portes suivantes, avons-nous dû réapprendre et remettre en œuvre les mêmes mécanismes ?
Les portes que nous avons eu à ouvrir étaient-elles les mêmes ?
Non surement pas … Certaines s’ouvraient à droite, d’autres à gauche. Certaines poignées étaient ovales, d’autres cylindriques.
Et pourtant nous les avons ouvertes sans difficulté.
Nous avons généralisé notre apprentissage initial pour l’appliquer à la majorité des portes.
Le principe de généralisation que notre cerveau met en œuvre, nous permet de gagner beaucoup de temps en limitant nos apprentissages et en déclinant des connaissances acquises à des sujets similaires.
Nous verrons que ce principe fantastique peut nous desservir dans certain cas.
On a observé que dans l’apprentissage chacun passe par différentes phases. Le plus fréquemment elles s’enchaînent de la manière suivante.
Les étapes de la connaissance

Inconsciemment incompétent.
Cette étape se situe en amont de tout apprentissage. Au début, nous ne savons pas que nous ne sommes pas compétents.
Avant de m’intéresser à la conduite d’une voiture, je n’avais pas forcément conscience que je ne savais pas conduire.
Cette phase peut intervenir très en amont.
A un moment, je prends conscience qu’il faut que je passe mon permis de conduire et que je ne sais pas conduire, que je dois aller dans une auto école …
Je prends conscience petit à petit du chemin qu’il me faudra parcourir.
Je prends conscience de l’étendue de mon incompétence.
Je suis alors Consciemment incompétent.
Cette phase s’accompagne souvent d’une grande motivation et d’un plaisir intense de démarrer un nouveau projet.
Après quelques leçons de conduite et un apprentissage par mimétisme, j’ai emmagasiné une foule d’informations, de savoir faire et de nouvelles compétences.
Je sais à présent ce qu’il faut faire, mais je reproduis ces comportements de manière scolaire.
Je suis devenu Consciemment compétent.
Cette phase peut s’accompagner d’une phase de découragement.
Beaucoup d’entre nous ont probablement vécu cette période pendant laquelle tout semble se bousculer. On doit tout gérer en même temps : l’accélérateur, la boîte de vitesses, la circulation, les clignotants. On pense que l’on n’y arrivera jamais.
Pourtant à un moment je deviens Inconsciemment compétent.
Quand je vais au bureau, les milliers de gestes que j’accomplis pour conduire ma voiture s’enchaînent sans même que j’y pense.
A tel point qu’il arrive que je sois tellement absorbé par un sujet que je ne me souviens plus par quel endroit je suis passé.
Est-ce que pour autant, mes yeux, mes oreilles, mes muscles n’ont pas fonctionné ? Si naturellement, mais ils étaient pilotés par un programme, une séquence préenregistrée qui s’est déroulée de manière totalement automatique et inconsciente, me permettant ainsi de rendre mon attention disponible pour d’autres sujets.
Les sujets que je viens d’aborder, qu’ils traitent de l’apprentissage ou de la connaissance, sont présents quotidiennement dans l’entreprise.
L’entreprise est un lieu d’acquisition de compétences et de savoir faire.
C’est un endroit où l’on crée du savoir et où l’on transmet du savoir.
Lorsque que l’on conduit un projet, on va mobiliser des compétences, c'est-à-dire du savoir.
On va régulièrement transmettre du savoir (au client, au sein de l’équipe, en rédigeant des documentations).
On va également acquérir des expériences, ou des connaissances, que l’on transmettra à leur tour.
Il me paraît également important de vérifier quels sont les ressentis individuels face à l’acquisition de compétences.
Lorsque qu’on utilise ses compétences suffisamment longtemps pour être inconsciemment compétent, on peut accéder à une sensation de maîtrise qui rend l’exercice de son métier confortable et rassurant.
Confronté à une acquisition de compétences rapide et soutenue, cette personne pourra éprouver un sentiment de peur et se mettre à rejeter tout nouvel apprentissage.
Inversement, un autre collaborateur considèrera comme « routinier » le fait d’appliquer pendant longtemps des compétences acquises et n’aura de cesse d’en acquérir de nouvelles.
2
Chapitre suivant : Le projetUn désir de changement