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Critiques postées par jean-françois C
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Lavé des larmes d'or d...
Lavé des larmes d'or d'une défunte reine...
Ce n'est pas seulement un superbe alexandrin... c'est un écrit qui dénote à lui seul, la présence d'une plume... digne d'être gravé dans notre meilleure mémoire, non loiin de:
"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie"
ou de:
"Ici, on fusille comme on déboise"
ou encore:
"Quand il baigne mon corps solitaire le glace"
Au-delà de la musique des mots, une musique du sens, une arabesque offerte à tous les sens, oserai-je dire que c'est la grammaire qui se met à chanter aussi, tant elle est juste?
Je suis sensible aussi à la présence du mot persona, dont l'étymologie est fascinantte, un mot qui a fait un beau voyage.; Jean-François C.
Cher Alain, je voudra...
Cher Alain,
je voudrais bien reprendre mon stylo sur Trames Etranges... et particulièrement sur L'Offrande Musicale. Cela peut contribuer à entretenir la petite flamme en attendant qu'elle se transmue en marche aux flambeaux... mais surtout, j'y vois resurgir une piste oubliée depuis des lustres et qui peut nous guider jusqu'à Francine... vers cet instant précis, à cet envol hors du temps qu’elle aura sans doute mille fois anticipés. À nous d’essayer, d’entrevoir peut-être ce à quoi elle s’attendait, ce qu’elle a ressenti quand elle a lâché prise et ce qu’elle a trouvé.
L’indice qui nous mettra sur la voie est fourni par la double allusion aux "immensités blanches", à 4 ou 5 lignes de distance dans le même §. Cette apparente négligence pourrait déguiser un signal codé. Comme les sanglots des violons et leur langueur monotone annonçant le débarquement le plus long. Pour s’y retrouver, pour déceler d’éventuelles arborescences et mettre à profit certaines complicités, il faut passer d’abord par les cases musique et cinéma.
Musique, Francine en était pétrie, pour ce que musique est le propre de l'homme. Elle désespérait de pouvoir jamais risquer impunément sa jolie voix dans l'univers des notes (qui manifestement se dérobait), pour se dédommager, elle entretenait royalement un orchestre de mots, elle écrivait pour eux des partitions subtiles, osées, souvent cruelles. Mais elle savait quand et comment les exposer aux feux de la rampe et les mots, en grands professionnels, ne se plaignaient pas... Et puis est venu le temps des immensités...
Souvent, les mots s'évadent de leur captivité dorée, ils retournent la situation, séquestrent leurs ravisseurs, Ce fut le cas pour Francine, très tôt arraisonnée par le mot "blancheur" version « à perte de vue ». Le déclencheur de cette opération : Ordet, un film de Karl Dreyer.
Très belle histoire de femme qui ressuscite comme on accouche, chez elle... Au centre d’un cyclone de draps blancs immaculés, en famille & presque familièrement, un miracle qui sent la chaufferette, la braise domestiquée, l’eau chaude, le fer sur le feu. Un rêve d’éternité, un espoir de bien-être plus répandu qu’on est prêt à l’avouer, qui n’en contribue pas moins à apprivoiser la mort au quotidien et, qui sait? à lui donner du panache. Un peu de l’élégance du beau joueur qui saurait perdre..
De tous les dogmes chrétiens, la résurrection est peut-être le seul qui ait vraiment tenté Francine. Non parce qu'il rassure, loin de là... c'est sa hardiesse qui l’a séduite, le courage qu'il faut pour y toucher, et, plus encore, contre toute probabilité, y croire. Pour ma part, ce qui me gênait plutôt c'était son caractère obligatoire . Je l'aurais préférée facultative.
Francine fut d'emblée amoureuse de ce film Ordet, et je me mis au diapason, c’était le prix de notre amitié. Nous faisions de la photo ensemble, elle pour le fun , moi parce que je désirais entrer à la télé...
C’est ainsi que je vis passer de plus en plus de blanc dans nos compositions aussi bien nocturnes que diurnes (il s'agissait de récits où l'image et le texte s'écrivaient en contrepoint). L'hiver est tombé à point, cette année-là avec une sévérité bienvenue, glaçant tout le cours de l'Yvette et le lavoir de Longjumeau. Francine s'y sentait dans son élément. Lumière. Dépouillement. Qui pour Dreyer et pour elle signifiaient une humanité délivrée de la mort et même du temps.
Moi, ça me convenait, la glace réfléchissait le jour et éclairait son visage par en dessous. Les prunelles élargies lui donnaient un air étrangement joyeux, à la fois dépaysé et serein. Voilà. Notre camaraderie. Nos rendez-vous avec la blancheur d' Ordet. Réussis? en tout cas heureux. Au cours de nos travaux de développement et de tirage, nous écoutions du Bach, et notamment l'Offrande Musicale, que j'avais découverte en ...sanatorium.
Nos travaux ont été bien accueillis, rue de l'Université. Du coup, nous avons surenchéri, dénombrant avec ravissement, les fondus au blanc de l'Avventura, regagnant plan par plan avec Alexandre Nevski sa victoire à la dérive sur des fragments de banquise...c'était devenu une sorte de pulsion incendiaire,je fondais tout au blanc!
Aujourd’hui, il nous en reste un à observer de très près. Un fondu à perte de vue, au bout de la jetée :
"L'agonie vint à pas de loup. Le petit matin caressait son corps tendu qui ne sentait plus rien, qui n'attendait plus rien, déjà saisi, déjà prêt à s'engouffrer dans l'immensité blanche. Alors, avec sérénité, s'élevèrent des sons d'une pureté déchirante." Marine, le personnage central de la nouvelle, va lâcher prise, car cette musique est un signal convenu entre une aïeule, partie en éclaireuse bien des années auparavant, et elle:
"l’Offrande musicale! L'aïeule était donc revenue? Rien ne mourait vraiment? Marine lâcha prise et partit dans l'immensité blanche."
J’y reviens : ces trois lignes et leur petite musique répétitive sonnent comme les sanglots longs et monotones exportés par Radio Londres.
Est-il un auteur qui prétendrait garder le contrôle de son personnage en toutes circonstances ? Marine a une existence propre et elle est certainement capable de transmettre un message codé à l’inconscient de Francine où elle plonge ses racines. Au demeurant, Francine est de ces écrivains qui meurent en tenant la main de leurs personnages : il pourra en témoigner, le pilote qui a veillé sur elles toutes jusqu’au bout de la jetée, ... Nuage,Marine et les autres, entourées d’une vigilance ininterrompue , portées par une espérance obstinée, maternelle, c’était bien leur tour de se montrer réactives ! Elles ont su remonter dans le passé de leur auteure vers les gisements d’empathie. Y affleurent encore les veines qui ont permis les anciens alliages. Croisant celles qui devaient alimenter son travail jusqu’à la dernière heure, une marqueterie d’or, de sable et de cristal s’écoulant vers le creuset où sublimer les parcours révolus. En poèmes à venir. A paraître, hélas, serait plus approprié.
Ainsi présumons que Nuage, Marine et les autres ont transmis :
« Viens, n’aie pas peur, ce n’est pas si différent de ce que nous imaginions ... »
Reste à savoir qui a émis.
Esquivons Dieu, la réponse du charbonnier. Pourquoi pas un poète? une conjuration de poètes unie contre la peur? dont Francine elle-même alias Destins de sable ? il y a un poète par poème, a-t-on presque envie d’écrire, tant chaque poème a sa vie propre et semble rendre compte, à lui seul, de son auteur. Francine a-t-elle vu La double vie de Véronique, film d’investigation sur l’âme humaine ?. Il y est suggéré que des interprètes prédestinés, chanteurs ou comédiens, se dédoubleraient, percevraient des âmes et des vies parallèles, plus ou moins appropriés aux partitions ou aux rôles. Les deux Véroniques sont même à un dpi de se croiser, de se parler, voire de se reconnaître dans le sas d’entrée d’un bus de tournée. Pourquoi ne pas étendre ce statut aux poètes, principaux interprètes de leurs oeuvres ! Accordé ! Une vie par création !. Adjugé . Quoi ? Que dit-elle encore ?
Elle a dit : oui, mais une vie éternelle.
Elle prétend que les immensités nous sont commensurables. Les blanches. Décidément, nous n’en aurons peut-être jamais fini avec elle et sa petite voix, parfois très douce.
Chère Fra ncine, J'...
Chère Fra ncine,
J'ai lu Trames étranges et m'en suis nourri. C'est substantiel. Lecture au long cours, pour toutes saisons.
J'admire comme tu t'es coulée avec aisance dans les passes difficiles qui mènent au bois sacré de la poésie d'investigation, fréquenté par Bernanos et Graham Green , par Borgues, sa cohorte sud americaine et ,,, peut-être, oui, pourquoi pas, par Italo et Humberto. Ecco lo, Alain sera content. Et toi, tu fleuriras sur ce multiple terreau aussi longtemps que survivra le mot "rose", nom propre de la chose. Toi qui aimes toucher les mots de ton archet magique, et ils te le rendent au centuple, en caresses.
Alors pourquoi t'en vas-tu? ce sont tes enfants aussi et ils vont en souffrir...
Non, tu as fait ton travail, tu as donné tout ce que tu as, tu as le droit de partir.
Je trouve très beaux ces mots un peu raidis par la douleur, un peu procès- verbaux- pour -ne- pas- éclater - en - invectives, qui composent les 13 hypothèses de la "Lettre sans Destinataire", ils bouclent, comme dirait Pouc, le poème sous-jacent et lui donnent (ainsi qu'à toi), pérennité . Ils offrent un contre-poids, une assise, à l'émotion contenue du récit intermédiaire. Devenu chant, devenu strophes. Scandé par les treize constats , un leit-motiv de lieder, dont on ne sait jamais très bien s'il vient calmer ou raviver, étancher ou assoiffer.
Tu as écrit ton chef-d'oeuvre et tu appartiens désormais à la littérature à la 3e personne. Tu y a décroché, d'un tour de reins, une place réservée , à l'orchestre. Ces treize strophes valaient sans doute la perte de quelques secondes retranchées au sablier de nos vies, ces secondes qui font si mal. Tu mérites amplement de t'approprier la gloire littéraire, cet alias d'éternité qui, bien négocié, ouvre des vies supplémentaires.
J'aurais autant à dire des autres histoires mais tu parais si pressée... le temps manque. Si seulement tu pouvais nous dire où tu t'en vas comme ça...
jfc