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Critiques postées par Pangloss
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Némésis irresponsable
Bravo Loic ! vous êtes le premier à manifester ce qu’il y a de tragique dans cette histoire et ce qu’il y a de choquant dans l’irresponsabilité de Fred. Oui, il aurait dû laisser une échappatoire à Albert.
En fait, cela arrive parce que vous « remontez » les aventures de Fred. Je n’avais pas pensé donner une suite à cette pochade, qui est bien pourtant une tragédie au sens grec du terme, où le châtiment infligé par les dieux est disproportionné avec la faute d’Albert. Dans les nouvelles qui ont suivi, Fred gagne de l’étoffe et devient responsable, et la fin de sa première aventure me pose un problème que j’essaie de résoudre dans la concaténation des trois nouvelles.
Le caractère impersonnel du logiciel « NoToutlemonde » sert depuis l’origine à effacer la responsabilité de Fred et à accuser les dieux et le « daimôn » d’Albert. Mais c’est quand même Fred qui l’a programmé.
Si je me suis permis une telle cruauté, c’est bien sûr que la blague du col 39-40 existait déjà (ma mère me la racontait quand j’étais enfant), que le monde est tragique, mais aussi que je réglais quelques comptes. J’ai connu les harcèlements, les menaces de mort, les balles arrivées par la poste et les lynchages médiatiques, et c’est toujours mes proches et moi qui ont pâti, avec « responsabilité’, et jamais les autres ne se sont excusé-e-s. Alors pour une fois que je pouvais laisser un robot enfoncer le talon de la Némésis…
Poignant
Magnifique essai de reporter une culture donnée, avec son « actif poétique » (formes, citations détournées de Desnos, Baudelaire et les autres et même Ségeste), sur une tragédie humaine qui s’exprime normalement dans un autre langage (Melina n’a pas parodié Mamoud Darwich, mais s’est inspirée de Français-e-s). Le résultat est magnifique et poignant, indépendamment du fond, qui est horrible.
Je n’ai pas tout aimé, la distorsion de « Sois sage ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille » ne colle pas (ce qui permet d’ailleurs de comprendre où gît la force du vers de départ) mais l’expérience valait d’être tentée.
Évidemment, arriver si tard dans les commentaires oblige à lire « les précédents ». La note en poésie dépendrait donc de la hiérarchie victimaire ? Melina ne parle pas du Soudan, donc 1 ? Elle invoque Allah, donc on baisse la note ? La poésie est une arme chargée de futur, elle jaillit parfois sur un fond contestable, comme le magnifique et horrible ordre du jour de Toukhatchevski pour la contre-offensive de l’Armée rouge : « La route de l’incendie mondial passe sur le cadavre de la Pologne » ou le mot de Barnave aux Etats Généraux sur la prise de la Bastille « Le sang qui a coulé était-il donc si pur ? »
Pire : il faudrait un « lecteur d’origine juive » pour avoir un jugement littéraire correct ? Je ne sais si je peux faire l’affaire, mon grand-père a disparu dans le ghetto de Varsovie, dois-je me dire particulièrement ému parce que les minables rockets des assiégés de Gaza me rappellent les misérables pétoires de Mordechaj Anielewicz et de Marek Edelman ? « Les larmes se ressemblent » disait Aragon dans ce poème où il évoquait « son » occupation de la Sarre- Rhénanie. « J’avais 20 ans je ne comprenais pas ».
Merci, Melina, de nous aider à comprendre, avec nos mots à nous et les cris des autres.
La pesanteur et la grâce
Angèle R. réussit là une manière de tour de force : plaquer intimement un roman psychologique d’une infinie tendresse pour ses deux héroïnes, sur la trame sordide du polar de gare semi-porno traditionnel. Une sorte de Eyes Wide Shut au féminin. Et attention, ce n’est pas un placage : les deux jeunes femmes, Laura et Sylvie, ne sont pas d’innocentes Justines tombées par hasard sous les sabots de mauvais chevaux. Pas non plus des « amateuses » comme les multiples Sonias de Sonia Traumsen. Mais leur masochisme latent (au sens des analystes : la « passivité féminine ») n’est nullement caché.
Ce qui fait passer la grimace, maintient la grâce au dessus du cloaque, c’est la langue prodigieusement poétique d’Angèle, ce flot permanent d’images plus belles les unes que les autres. Un style magnifique, qui mange tout , un peu comme chez Francine Ségeste.
Bon alors pourquoi je ne mets pas 10 ? parce que je suis sûr qu’Angèle peut améliorer son roman.
Premier groupe de problèmes : un déséquilibre du récit.
Les histoires de Laura et Sylvie ne sont pas bien raccord. Rien n’indique, jusqu’à ce que Laura parte à la recherche de Sylvie, qu’elles étaient un peu intimes « avant » et pas simples amies de bureau. Bien sûr il y a une évolution, jusqu’à ce que Laura se fasse « mère » de Sylvie, comme elle se fait mère de sa propre mère. Mais il faudrait quelques « dispositions » dès le début. D’autant que le premier chapitre « Sylvie » apparaît isolé dans une série de chapitres « Laura ». Peut-être mettre ce chapitre Sylvie en tête ? Ce qui aurait aussi l’avantage de ne pas commencer par un chapitre de partouze qui peut tromper le lecteur sur ce à quoi il doit s’attendre, ce qu’il doit « écouter » dans ce qu’il lit. Un peu le problème de « Bloguez moi » de Sonia Traumsen (cf mon commentaire sur ce texte).
D’ailleurs, le récit s’articule sur deux « sites » à partouzes, un club échangiste au début, un club sadique pour vieux voyeurs/violeurs à la fin. Ce ne peut être un hasard. Les deux héroïnes en sortent blessées , mais pas de la même manière , pas au même degré évidemment, et surtout pas de la même nature. On aurait aimé que la comparaison des deux soit un tout petit peu travaillée (mais on peut aussi laisser le lecteur faire le boulot).
Deuxième problème : trop de beauté. C’est le revers de la médaille de la « grâce » du style : tout semble nappé dans une mousse de beauté. Toutes le images sont belles, mais certaines sont prodigieusement justes et profondes. Alors, quand ça continue dans le même style pour d’insignifiante phrases de liaison, ce n’est pas seulement de la confiture aux cochons, mais cela accoutume le/la lecteur/trice au style, on se met en pilotage automatique comme dans une langue différente, et on laisse passer les images qui ne sont pas seulement jolies mais profondes.
Touchants poèmes de la...
Touchants poèmes de la jeunesse… et essais formels impressionnants : rythmes difficiles (7 pieds, "Préfère l'impair"), pas toujours tenus mais ça se corrige (j’ai envoyé quelques suggestions de corrections) et même en anglais !
Je n’ai pas de problème avec les fourmis du premier poème ;-)
J’ai bien aimé « Routine d’automne » , y compris l’arrivée des ondines à la fin comme dans le très estimé « Prufrock » (cf http://lipietz.net/spip.php?article2155) !
Quelques routes
Loïc pose une bonne question et donne une bonne réponse !
Étant moi-même tout à fait débutant dans l’art des récits, élève de Fredleborgne, de Nikolic, de JYD, je m’exerce aux « intrigues » du genre polar ou espionnage (c’est faire ses gammes). Une bonne intrigue doit intriquer les fausses pistes de manière non-artificielle, mais si possible « intime » : comme je le montre à propos de la {Phèdre} de Racine ( http://lipietz.net/spip.php?article655 ), même les fausses pistes doivent être une approche de la vérité.
Je ne suis pas entièrement satisfait de la manière dont j’ai tressé les fausses pistes dans « Le Sextoy », je suis plus content sur ce point du « Fantôme de l’Internet » (cf http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre22172.html ) mais par ailleurs j’avais envie de revenir un peu à la bonne rigolade). Néanmoins le héros ne sort pas bredouille de sa confrontation avec l’ambassadeur. Nous non plus : comme le note Loïc, se dessine peu à peu l’image d’un Fred ni héros ni anti-héros, humaniste et… par certains aspects débutant. En tant que débutant, il vient de « prendre une leçon » et, comme c’est un homme qui cherche à transformer son expérience en conscience, il se l’auto-debriefe. Il a aussi mesuré la puissance du rêve en géopolitique, ce qui va lui servir.
Par ailleurs et lui et le lecteur viennent de prendre une leçon d’histoire-géo qui « décentre » la mondialisation : ce n’est plus une projection de l’Occident (Europe de l’ouest + USA) vers le reste du monde. L’Occident lui même se décentre : il y a une histoire principalement commune entre ce « petit Occident » et ce qu’on appelait autrefois l’Orient (Inde du Nord comprise), et cette histoire, dont le centre de gravité (et de pivotement) est quelque part en Perse, oppose ce « large Occident » à « l’Extrême-Orient », autre zone du monde avec laquelle il interagit avec une cyclicité de l’ordre du demi-millénaire. Ce décentrement est pour moi le « contenu » de la nouvelle (avec la réaction spontanée de l’Occident au « réveil de la Chine », la « muscardinisation »). En ce sens cette nouvelle est aussi pour moi le prolongement de ma préface à Arrighi ( http://lipietz.net/spip.php?article2462 ). Et le dénouement de l’intrigue apparaît comme une prise en compte de ce décentrement.
C’est pourquoi la fin peut sembler « désenchantée », mais je ne la dirais pas pessimiste. C’est plutôt un appel à une inventivité et à une dynamique d’espérance plus large que celle du militantisme politique. (cf la dernière phrase de http://lipietz.net/spip.php?article381, où est présentée la logique de développement local dite en « aire-système », illustrée ici par la description du processus de production des sextoys éjaculateurs ).
Bon, mais avant tout j’espère que vous avez bien rigolé.
Muscardinisation
Merci chère Anès ! Mais hélas, comme je l’annonce dans mon message, j’ai du lever le pied pour la crise islandaise. Quant à la « réaliste moelle » de cette rigolade, on aura reconnu la crise des jouets chinois de 2007 (http://lipietz.net/spip.php?breve258). Cette nouvelle a pour fond la ‘ « muscardinisation » comme la précédente avait pour fond la loi Hadopi (http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre22172.html).
Ce qui se développe en deux thématiques possibles : le débat mondial sur le libre-échange (propriété intellectuelle comprise), et la renaissance inquiétante de la Chine (même en dehors des aspects commerciaux)
Fred le sait , mais quelle est la bonne piste ? Héhé !
Ca vient, Agnès.
Je suis à la retraite. Et je constate qu'on s'y fait bouffer.
A Yves Quemener
Merci et bravo pour votre perspicacité ! Je me suis effectivement, puisque c'était une histoire de remix, amusé à gaver la nouvelle de citations, vraies (comme les 3 vers de Mallarmé justement sur la "conscience d'un mort" ,et les références à Prufrok "revenu d'entre les morts"), ou détournées ! Ma préférée : "Nous sommes des nains perchés sur les épaules d'ayant droits".
Sur la classification de l'oeuvrette : pour embrouiller lectrices et lecteurs, je l'ai classée "fantastique" (hi ! hi!). Le "frileur" (qui en tant que tel est techniquement inspiré de "Le nom de la rose" et de "Vertigo") a pour ressort principal "Le harceleur est-il un être naturel ou surnaturel ?" Et je ne veux pas gâcher la surprise pour les nouveaux lecteurs, sans exclure a priori aucune réponse (hi !hi! hi!).
C'est vrai que , comme dans "Le nom de la rose" (toute proportion gardée ! ;-)), la nouvelle a toutes les dimensions que vous avez notées... Mais c'est d'abord un pamphlet contre Hadopi.
Génies des alpages ?
Melina, tu galèjes !
Un autre pamphlet rigolo contre Hadopi :
http://www.glazman.org/weblog/dotclear/index.php?post/2009/01/13/Science-fiction
Si Albanel démissionne....
... Sarko nomme la Bellana ;o)