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Critiques postées par Romane
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Non, c'est un texte à ...
Non, c'est un texte à deux mains : ma droite et ma gauche.
Pouvez-vous me dire ce qui vous fait penser qu'il est codé et à plusieurs degrés ? Je suis perplexe.
Merci m'sieur ! ça me ...
Merci m'sieur ! ça me touche !
Pinailler ira très bie...
Pinailler ira très bien, Hervé.
Encore merci à vous et puis surtout à toi, Hervé, qui initia ce fil dans lequel j'ai trouvé de quoi m'obséder quelques minutes au point d'écrire deux textes, l'un pour contrer l'autre, de gré ou de force (ce fut de force).
Non, il n'y a pas dix pages. Au fur et à mesure où le personnage se dessinait en se démarquant de ma volonté, j'ai oublié les pages et tenté de lui résister à lui.
Je ne sais pas si on peut deux fois revenir sur la même histoire pour la remplir mieux. En général, je ne travaille aucun de mes textes (honte à moi) et sors là ce que mes tripes veulent sortir, sans plus de manière. Je rechigne à revenir bidouiller, dommage, il était près de 5 heures du matin, sinon j'aurais pu, peut-être.
Quelle drôle d'aventure ce thème m'a fait vivre...
Merci à vous deux ! ...
Merci à vous deux !
Pour te répondre, Claude, sache que j'ai écrit ce texte d'un bloc, sans prendre le temps de respirer et que je ne l'ai relu qu'à la fin, verte de déconfiture devant le culot du personnage imposteur. Voici donc la version que j'ai eu un mal de chien à retravailler ce matin, obsédée par ce détournement de la nuit.
* * *
Elle le tenait entre ses doigts, aussi fin que s’il n’existait pas, aussi inconsistant que s’il n’avait jamais été fabriqué par une machine dont elle ignorait tout et dont elle se demandait en ce moment même qui avait eu l’idée étrange de l’inventer, et pour quoi faire, si ce n’est dans un esprit festif à faire pleuvoir une pluie multicolore quelque part sur des têtes inconnues, sur des trottoirs et des ruelles ou des places immenses prêtes à se laisser tapisser d’une neige de papier. Elle aurait voulu remonter le temps et comprendre depuis quand était né le premier, elle qui tenait entre ses doigts le Xième anonyme.
Elle qui le tenait ainsi précautionneusement, comme s’il s’agissait du trésor le plus fou, le plus coûteux, le plus précieux au monde. Elle qui le tenait sans le voir. A peine la sensation bizarre de ne plus sentir d’un doigt à l’autre la fine rugosité presque imperceptible de ses empreintes, sillons de peau qui faisait d’elle qu’elle était unique au monde, comme cet infime petit bout de papier parmi tous les autres, désolidarisé comme elle, orphelin de sa famille entière, détaché un jour du tronc d’un arbre dont personne ne parlerait plus jamais. Avait-on au moins parlé de lui une fois ? Peut-être quand la scie avait entamé sa chair d’écorce et de sève…
Ses yeux ne pouvaient pas le regarder. Il lui fallait toute l’attention, toute la concentration possible et même au-delà, pour le sentir entre ses doigts. Aveugle dans son caisson d’obscurité, elle ne pouvait se fier qu’aux signes que lui indiquaient ses doigts, dans leur toucher sensible et à peine effleurant qu’entrecoupaient une pression quasi sauvage, un peu comme si elle s’agrippait à la vie, la vie retenue dans ce confetti dont elle ignorait tout, sauf qu’il était là, entre son pouce et son index. Comme l’écharde, dans l’autre main, entre l’autre pouce et l’autre index, qu’elle sentait pivoter dans l’infime crissement d’une dernière rébellion ; la réduction n’est pas l’anéantissement.
L’absence du monde à proximité, l’absence au point de penser qu’elle était l’oubliée de ce monde, celle dont on ne savait plus rien, à laquelle personne ne songeait, l’absence lui rendait plus précieux encore ce minuscule rond de forêt coincé entre deux tranches de peau, au bout de ses doigts. Alors elle le caressait furtivement, par un mouvement circulaire à peine ébauché, la crainte de le perdre accrochée à son souffle court. Ne pas le lâcher, ne pas « ne pas » le sentir glisser ni s’envoler en chute silencieuse vers le noir plus profond de là où l’on ne sait pas assez faire fonctionner la sensibilité des doigts pour ne plus le confondre avec la pierre du sol, trop vaste et trop âpre pour en déceler un minuscule confetti.
Elle se disait qu’elle tenait ainsi le symbole du livre, la goutte de l’expression écrite. Combien de lettres pourrait-elle former sur une aussi petite surface ? L’encre serait-elle absorbée ? Le traçage serait-il rugueux ou lisse ? Combien de mots pourrait-on confiner sur la surface réduite d’un confetti, un, rien qu’un, un tout seul, un rescapé des égouts ? Pourrait-on écrire une vie ? Un fragment ? Lequel ? Un mot ? De quel message pourrait-elle l’investir pour qu’il soit à la fois entier et consistant, pour qu’il veuille tout dire dans l’économie du verbe ? Elle prenait conscience de l’exiguïté et de ce fait, de la préciosité de cet infime support fait d’un mauvais papier à fête. Comment pourrait-elle parvenir à lui redonner ses lettres de noblesse, à faire de lui ce qu’elle aurait voulu faire d’elle parmi l’univers ; exister…
Elle avait d’abord tenté de le respirer. Qu’au moins cet étrange cadeau trouvé par hasard sans qu’elle se souvienne comment ni quand puisse lui apporter sans qu’il lui soit besoin de fermer les yeux l’odeur de la forêt, celle de la terre en automne ou n’importe quelle autre saison pourvu que la pluie vienne de cesser et qu’il émane d’elle les senteurs vivifiantes et bouleversantes de la renaissance. Elle aurait aimé déceler la proximité des fougères, des cèpes, même des champignons vénéneux qu’elle imaginait avoir vécu contre le confetti dans sa vie d’avant. Elle avait tenté. En vain. Alors elle s’était dit que son désir l’induisait en erreur et qu’il valait mieux espérer trouver l’odeur du papier. Elle avait rempli ses poumons en rêvant qu’ils trouveraient quelque part des effluves de librairies, peut-être l’indice d’un carnet vierge, n’importe quoi pouvant lui donner l’image du papier à noircir un jour, cette promesse sans peur du vide des mots ou de l’absence prolongée du verbe. En vain. Le confetti refusait de lui renvoyer autre chose que l’odeur de ses propres doigts, c’est-à-dire de la poussière de la pierre et de la fine transpiration qui les envahissait lorsqu’elle réclamait trop la vie et qu’elle persistait à ne pas venir.
Ses pensées s’étaient mises à affluer, à converger vers ce bout de rien qu’elle tenait entre ses doigts sans savoir faire autrement que de le garder ainsi, viscéralement primordial. Les murs autour d’elle n’y pouvaient rien, ils avaient brutalement perdu leur consistance, vaincus par un confetti. Dans sa tête, elle inventait un nouveau monde et ce nouveau monde tournait, tournoyait, virevoltait, s’envolutait et s’enivrait des émanations muettes d’un petit bout de papier innocent dont le hasard faisait qu’il était aujourd’hui prisonnier entre les doigts d’une prisonnière.
Elle s’était dit qu’ils étaient du même bord, tous les deux. Lui et elle, réunis en cet instant. Par l’imbécilité humaine et la loi du plus fort contre la vulnérabilité des plus faibles. Elle s’était dit que rien, à l’origine, ne les prédestinait à faire cachot commun. Un soupir fait de compassion, de tristesse désabusée, d’impuissance, d’incompréhension, de reconnaissance, enfin tout ça à la fois, l’avait submergée. Et puis elle avait écarquillé les yeux dans l’espoir de rencontrer du regard ce petit compagnon inattendu. Et puis elle n’avait rien vu. Et puis elle avait renoncé. Et puis elle avait appris à se laisser apprivoiser par le confetti. Alors elle ne s’était plus sentie seule.
Mentalement, elle l’avait couvert de mots. Une avalanche de mots plus percutants les uns que les autres, ceux qui alternaient avec la plainte douce qui lui montait du cœur parce qu’il y avait si longtemps qu’elle n’avait plus parlé à personne. Il y avait tant de mots qu’ils ne contiendraient jamais là où elle aurait voulu les tracer. Un confetti n’a qu’un recto-verso, il lui aurait fallu des arbres entiers de confettis, branches comprises, pour pouvoir déverser tout ce qu’elle avait à dire. A cette idée, elle avait presque suffoqué de manque d’oxygène, d’espace, elle qui ne voyait plus le ciel depuis si tant de temps. Mourir sous une pluie de confettis, quelle étrange fin, s’était-elle dit en chassant cette image folle de sa tête. Alors qu’un seul pouvait lui permettre de s’accrocher encore un peu, trouver l’envie. Même compressé en larme d’arbre, elle tenait l’arbre entier entre ses doigts. De l’arbre à la forêt, il n’y avait qu’un mot.
Lequel choisir.
Avec quelle plume, quelle encre, et puis quelle écriture économique pourrait tenir sur une aussi petite surface, quand on a tant de choses à dire ? Quels symboles compactés pourrait-elle utiliser, quelle formulation condensée pourrait-elle s’insérer et surtout, oui, surtout, qu’est-ce qui rendrait lisible son message ?
Elle avait soudainement pris conscience de la fragilité d’un confetti. On les prend d’ordinaire par poignées, on les jette avec désinvolture dans un gloussement malicieux et ils s’en vont là, au gré de l’air et du frisottement de son courant, et ils s’éparpillent et ils font joli. Ils font joli, voilà bien ce qui l’ennuyait, elle qui voulait surtout faire efficace en laissant une trace, un témoignage, l’ultime. Soudain, lui était apparue l’incongruité de ce que les hommes avaient fait de la vie ; il faut être visible pour exister. Tant qu’on est petit, on n’est que rien. Il faut faire du bruit, il faut parasiter le temps et l’espace, il faut marcher devant, haut et fier. Un confetti n’est qu’un rebut, un moment fugace, un pré-poubelle, un post-oublié. Un pas d’importance. Comme elle.
Prise à la gorge par l’angoisse du vide, elle s’était dit qu’après tout, la tranche du petit bout de papier sans visage pourrait aussi bien servir de guillotine. Que comme on lime avec patience et silencieusement les barreaux d’une prison, on pouvait tout aussi bien se trancher la gorge avec un couperet ridicule, en s’y prenant bien. Il était là, entre ses doigts, si fin, si fin… Oserait-elle ?
Mais c’est qu’elle tenait encore à la vie, autant que lui malgré son inertie. Elle s’était demandée s’il pouvait penser, si, quand on se transforme d’un état à un autre état, on perdait ou pas sa capacité de réfléchir, de ressentir, d’aimer ou de détester, de vouloir ou de refuser. La question de l’âme s’était mise à la tarauder. Est-ce que seuls les humains en étaient pourvus ? Après tout, son compagnon confetti pouvait peut-être traîner son âme quelque part ? Alors elle avait ouvert grand ses yeux, fouillant l’obscurité et cherchant à tout prix la fragile lueur d’une âme minuscule, aussi légère que le corps de papier qu’elle tenait entre ses doigts. Elle avait tenté de percer le noir autour d’elle, en murmurant à peine un peu pour encourager son rêve. Il n’était pas venu.
Le désespoir l’avait envahie, ravageur et sauvage. Elle ne supportait pas l’idée d’une nouvelle solitude. Un papier sans âme est un papier mort, tout confetti soit-il, même destiné à joncher un sol de fête humaine, même à finir au fond d’un caniveau comme un poivrot imbibé d’alcool qui tituberait sur le bord d’un trottoir avant de s’écrouler ivre mort. Elle ne supportait pas l’idée d’une impasse sur une fin pure et dure. Elle ne supportait pas.
Elle tenait entre ses doigts un confetti égaré là par inadvertance, comme elle aurait tenu l’univers entre ses doigts sans savoir qu’en faire. Pourtant, on peut tout inventer, qu’elle se répétait. On peut tout inventer par-dessus ce qui l’a déjà été. On peut percer le bois pour le sculpter comme on a pu le broyer pour en faire des paillettes à musique. On le creuse en ventre de barque, on l’érige en chalet, on le brûle, on le dresse en piquet, on donne mille destins possibles avant d’arriver peut-être oui, seulement peut-être aux liasses de petits astres plats qui finiront par s’envoler, retomber, se désintégrer entre flotte et poussière, griffés par les poils d’un balai, roulés, poussés, dégringolés entre les trous d’une grille aux pas perdus d’un monde aussi perdu que sa marche. On peut aussi bien désorganiser les conventions, bousculer les barrières, inverser les tendances. On peut. Lui, le confetti, docile et muet entre ses doigts d’obscurité, lui aussi pouvait transgresser la volonté de ces autres mains d’avant, celles qui l’avaient choisi et façonné ainsi, dans un geste mécanique à destination commerciale puis finale au fin fond d’un canal à soupe de déchets. Lui aussi, de sa fausse expression passive, pouvait déjouer la grande machine. A deux, ils allaient inventer le miracle, la supercherie en pied de nez.
Tandis qu’elle réfléchissait, ses doigts avaient interrompu leur mouvement circulaire. Elle fit silence dans sa tête. Un instant volé.
De son corps ramassé en recroquevillement spontané, elle se souvint de l’écharde coincée entre le pouce et l’index de son autre main. Elle ne savait plus depuis quand. Elle tenait ainsi le pic et le lisse, les deux extrêmes en paradoxe ordinaire. Elle dans le noir avec sa lumière en dedans, blanche, rouge comme un arc-en-ciel démonté. Le confetti rescapé du massacre en même temps que promis à la négligence à perpétuité. L’écharde issue d’un autre arbre, d’une autre forêt, d’une autre machine, désolidarisé de son bloc de misère. Ils étaient trois, désormais.
A l’aveuglette, elle s’appliqua au traçage d’un cœur, sans déborder des frontières de papier. Un cœur minuscule, un cœur comme un cœur fait de tripes et de prières, un cœur comme il en bat n’importe où l’on veut les voir fleurir, même sur la pierre, même dans l’eau, même dans l’air, même sur un confetti. Avec un point en son centre.
L’amour et l’infini, réunis là, malgré. Et surtout.
Merci vous deux ! Gil...
Merci vous deux !
Gilles, si tu veux construire un autre pont à partir du mien, c'est toujours possible, et même au contraire, ça fait vivre les mots !
Merci, vous deux ! Con...
Merci, vous deux ! Contente de vous avoir fait passer un joli moment.
Amitié
Je crois qu'on doit po...
Je crois qu'on doit pouvoir trouver à expliquer pourquoi on aime ou pas, même si c'est une simple question de sensibilité très personnelle à chacun.
Ce peut être le rythme, l'ambiance (Edo parle de l'ambiance justement), les images, les sensations reçues, les pensées qu'elles provoquent, je ne sais quoi, les mots engendrent les mots et ils viennent tous de l'en-dedans lui-même fait de mille univers.
Sauf que ça nécessite de creuser pour expliquer, de prendre le temps. "le temps" est devenu un luxe, peut-être.
Quoiqu'il en soit, merci à vous trois, déjà, de l'avoir dit comme vous avez pu.
Amitié.
Ro
D'abord quelques erreu...
D'abord quelques erreurs, si je peux me permettre et en toute amitié :
- Un billet ne peut pas tomber "des" mais "d'une" poche. (des poches arrières au pluriel, sinon, mais la faute du singulier "arrière" devient caduque si on remanie la phrase pour la rendre plausible, en "une" poche)
- "d'héler" n'est pas joli. De héler serait mieux. Mais je crois qu'il faudrait trouver une autre tournure.
- était de héler : je pense que le temps n'est pas accordé au récit, il n'est pas logique en tout cas. Je choisirais "avait été" peut-être, puisqu'il s'agit d'une action dans une situation passée. A voir.
- M'en a dissuadé : ne colle pas non plus en l'état actuel, sauf si on remplace "était" par "a été".
- Je ne suis pas sûre que "trêve" se mette au pluriel. En tout cas l'accent est circonflexe.
- Sans lumière, au singulier.
- Je crois qu'on écrit DJ tout en majuscules (à vérifier, mais il me semble)
- "se" déhanchaient. (Juste une faute de frappe)
- Seule une personne : je retirerais, allant directement à : Seul, un homme... etc. (ne pas hésiter à ôter les mots inutiles)
- Je m'écartai (sans s) pour la cohérence du temps conjugué.
Il faut revoir l'ensemble du texte, les conjugaisons ne sont pas logiques partout, c'est assez difficile, je le sais, mais indispensable pour un texte nickel.
J'arrête en page 2, je pense revenir lire une fois le texte revu, car pour l'instant, je me sens trop parasitée par ce qui ne colle pas. (non péjoratif, je le précise)
C'est la première fois que je te lis, je crois. Il semble que les idées ne manquent pas, il faut juste retravailler le texte pour le peaufiner.
Mes encouragements.
Amicalement
Je découvre par hasard...
Je découvre par hasard ce roman, en furetant sur le forum.
J'ai lu. Tout. J'y ai retrouvé une et les femmes, je m'y suis retrouvée, cette chose qui peut s'exprimer de mille manières différentes et qui pourtant est nouvelle et unique à chaque fois. Etrange impression d'un rassemblement au-delà des mots.
Et puis l'écriture d'un journal, comme un journal.
Tout "comme". Avec des qualités littéraires qui ne gâchent rien.
Merci pour ça.
Je ne vois pas de méch...
Je ne vois pas de méchanceté, pourquoi donc ? Tous les textes ne sont pas perçus de la même manière par leurs lecteurs, et c'est tant mieux.
L'explication de celui-là demeurera partielle, car je pense que c'est le lecteur qui doit découvrir sa propre interprétation, en matière de prose poétique, et contrairement à un roman ou une nouvelle (quoique, il existerait là encore des nuances à apporter)
Donc pas de bobo, Fred, tu me connais.
Merci aussi à ronan et Mosaé pour votre passage ici, et les vers inspirés. C'est chouette ça, de provoquer quelque chose.