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Critiques reçues par Francine Ségeste
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Lors des éloges funèbres de Francine (http://lipietz.net/spip.php?breve323), le président de Villejuif-Autrement, Dominique Guibert, a fait une remarquable lecture commentée (http://lipietz.net/spip.php?article2289) de « Viens te battre », dernier chapitre de « Cité des solitudes » (http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre14045-page55.html#page)
J'avais complétement oublé cette chanson de Brel que j'adorais dans mon adolescence. Peut-être l'ai oubliée (la chanson) quand je l'ai rencontrée en vrai (la fée).
Claudie a eu raison de mettre son commentaire ici faute de mieux. C'est aussi ma nouvelle préférée entre toutes, même si "La lettre" est plus savante dans sa construction, "Les mots" plus explicite dans son contenu. C'est pourquoi j'en ai extrait le tire de ma postface.
Curieusement c'est la moins lue en ligne. Titre ou résumé inadapté ? hasard de sa position ?
Décidément les trains ont la magique manie de nous faire lire et voyager dans l'irréel avec le réel. Je viens d'engloutir d'une traite Trames Etranges et ne trouvant pas de page de commentaires pour l'ensemble du livre, je choisis ce conte pour en parler.
Sûrement celui qui m’a paru le plus essentiel dans son contenu. Cette femme, qui n'est autre que la conscience des hommes, celle dont ils rêvent mais qu'ils bafouent. Celle des "braves gens" qui, lors d’un instant de grâce, deviennent de vrais humanoïdes, pour retrouver au plus vite leur médiocrité, de cette médiocrité qui lapide l'essence même de leur existence.
En lisant ce conte, j'entendais en calque, la chanson de Brel, tant l'une et l'autre sont issues d'une même fratrie :
Sur la place chauffée au soleil
Une fille s'est mise à danser
Elle danse toujours pareil
Aux danseuses d'antiquité.
Ainsi certains jours paraît
Une flamme en nos coeurs
Mais nous ne voulons jamais
Laisser luire sa lueur
...
Sur la place un chien hurle encore
Car la fille s'en est allée
Et comme le chien hurlant la mort
Pleurent les hommes leur destinée."
Paroles encore un peu naïves du jeune Brel mais puissante dans son interprétation. Mots puissants de Francine, qui nous quitte en nous laissant, par la beauté de son écriture, ses contes de l’au-delà, un morceau de cette conscience en chacun de nous.
Francine, alias Nuage, alias Trésage, vers quelle contrée pars-tu ? Enverras-tu
aux misérables terriens que nous sommes, une lettre sans destinataire ou bien ce chant de flûte d’amour et de beauté comme celui que tu nous as transmis sur cette pauvre Terre, bien malmenée ? Si j’avais su mieux te connaître encore plus tôt… Claudie
Chère Fra ncine,
J'ai lu Trames étranges et m'en suis nourri. C'est substantiel. Lecture au long cours, pour toutes saisons.
J'admire comme tu t'es coulée avec aisance dans les passes difficiles qui mènent au bois sacré de la poésie d'investigation, fréquenté par Bernanos et Graham Green , par Borgues, sa cohorte sud americaine et ,,, peut-être, oui, pourquoi pas, par Italo et Humberto. Ecco lo, Alain sera content. Et toi, tu fleuriras sur ce multiple terreau aussi longtemps que survivra le mot "rose", nom propre de la chose. Toi qui aimes toucher les mots de ton archet magique, et ils te le rendent au centuple, en caresses.
Alors pourquoi t'en vas-tu? ce sont tes enfants aussi et ils vont en souffrir...
Non, tu as fait ton travail, tu as donné tout ce que tu as, tu as le droit de partir.
Je trouve très beaux ces mots un peu raidis par la douleur, un peu procès- verbaux- pour -ne- pas- éclater - en - invectives, qui composent les 13 hypothèses de la "Lettre sans Destinataire", ils bouclent, comme dirait Pouc, le poème sous-jacent et lui donnent (ainsi qu'à toi), pérennité . Ils offrent un contre-poids, une assise, à l'émotion contenue du récit intermédiaire. Devenu chant, devenu strophes. Scandé par les treize constats , un leit-motiv de lieder, dont on ne sait jamais très bien s'il vient calmer ou raviver, étancher ou assoiffer.
Tu as écrit ton chef-d'oeuvre et tu appartiens désormais à la littérature à la 3e personne. Tu y a décroché, d'un tour de reins, une place réservée , à l'orchestre. Ces treize strophes valaient sans doute la perte de quelques secondes retranchées au sablier de nos vies, ces secondes qui font si mal. Tu mérites amplement de t'approprier la gloire littéraire, cet alias d'éternité qui, bien négocié, ouvre des vies supplémentaires.
J'aurais autant à dire des autres histoires mais tu parais si pressée... le temps manque. Si seulement tu pouvais nous dire où tu t'en vas comme ça...
jfc
Merci, JYD, pour votre commentaire très juste de « Perséphone ». En effet, Francine Ségeste a préféré que je mette en ligne tel quel cet ouvrage interrompu par sa « fin de vie » comme on dit, mais sous son stricte contrôle, acceptant ou refusant des suggestions, y compris sur des points où la tentation était forte de « faire joli » ou de donner une interprétation simple au lecteur (notamment dans les passages les plus oniriques, les plus obscurs, comme le chap 10)
En fait une première version, intitulée « Madeleine », date des années 60. L’auteure me l’a fait découvrir quand j’ai fait sa connaissance au début des années 70. On trouve dans son ordinateur une version de 2003-2004 (donc réécrite en parallèle avec la rédaction de « La femme à la fenêtre ») : « Tour à tour les saisons », avec des titres. Un calvaire pour Francine Ségeste que de choisir un titre ! cf. « Destin de sable » où chaque titre de sous-recueil est un poème en soi. Cette version 2004 était beaucoup plus « chargée » poétiquement, presque baroque, entrecoupée de poèmes surréalistes.
« Perséphone » est donc le produit d’une épuration, d’un élagage, sur un manuscrit qui a « germé » (puisqu’on est chez Perséphone) en presque un demi-siècle. Je mettrai peut–être en ligne à titre posthume la version 2004, dans un but documentaire (en plus il y a de très belles choses « non retenues »). Mais il est rageant que son destin lui ait enlevé les « combien de jours encore » qui auraient permis de parachever son roman (ne serait-ce qu’en trouvant des titres, ce que d’un commun accord nous avons compensé en puisant dans son œuvre plastique, sans trouver de solution satisfaisante pour la quatrième partie).
L’auteur a donc fondamentalement voulu cet aller-retour du réalisme poètique de l’enfance à la sécheresse (relative !) des derniers chapitres (y compris la partie 4 avec sa tranquille assurance), en passant par le réalisme psychologique douloureux des 3 histoires d’amour et le point d’onirisme souterrain que constitue le nadir (opposé du zenith) du chapitre 10, sans doute prescience de ce qu’elle « vit » en ce moment-même.
Cet aller-retour stylistique me semble en concordance avec le contenu, la trajectoire assez orphique (descente aux enfers de l’amour malheureux, renaissance par l’art et par la procréation d’une fille « libre », mais peut-être suis-je influencé par ma propre lecture de Mallarmé…) Donc, quoique inachevé, le roman répond aux exigences d’une œuvre d’art achevée (adéquation de la forme au fond, pour aller vite), même s’il manque ici ou là tel coup de pinceau ou de ciseau qu’aurait voulu donner l’auteure.
« Dionysiaque » dites-vous. Oui bien sûr ! En fait les « tragédies grecques » sont des cérémonies en l’honneur de Dionyssos (le « deux fois né »). Leur coté sombre est porté devant la Cité (comme l’histoire de Léa) afin que par le débat celle–ci renaisse, meilleure, à elle-même (comme l’histoire de Véronique et de sa fille Ada)
Héraclite a dit : « Dionyssos et Hadès sont un seul et même dieu ». Dionyssos est le dieu du cycle de la mort et de la renaissance (fondement des société agraires réglées sur les saisons), qu’illustre autrement le mythe de Déméter (la déesse Terre-mère) et de sa fille Koré-Perséphone, enlevée pour épouse par Hadès, dieu du monde souterrain, et qui renaît dans l’efflorescence de chaque printemps. (Cf. wikipedia ou mon étude « Phédre : identification d’un crime » : tous ces gens sont de la même famille. Perséphone est la demi-épouse d’Hadès, Phédre la belle sœur de Dionyssos).
Il y a en effet un aspect « Ariane à Naxos » dans le second roman de Francine Ségeste, qui n’a pas choisi par hasard pour pseudo le nom d’un temple dorique de Sicile, l’île de l’enfance de Perséphone.
Evidemment ! J'ai lu à la suite les deux romans, "La femme à la fenêtre" et "Perséphone en personne". Il y a celle qui va vers l'obscurité (Léa) et celle qui va vers la lumière (Véronique) ou plus exactement celle qui ne sait pas échapper à son "côté obscur", qui y sombre, et celle qui finit par le dépasser, le dominer, en faire un destin positif... L'une (Léa) va de la vie vers la mort et l'autre va de la mort (de "Madeleine-elle-même") vers la vie... J'écris cela très vite mais je pense qu'on peut faire une analyse beaucoup plus approfondie de cette dynamique. Qu'on me pardonne, mais si j'ai vu dans "La femme à la fenêtre" une tragédie grecque, dans Perséphone je découvre un texte beaucoup plus dionysiaque, une formidable envie de vivre. Je suis peut-être complètement à côté, mais tel est ma première impression. Elle est renforcée par le fait que la dernière partie du second roman est écrit à la première personne par Adeline, la fille de Véronique, celle qui continue la vie, celle qui a été défendue, protégée des "noirs desseins du destin"...
Bien sûr, "Perséphone en personne" est un roman publié en cours d'écriture, celle-ci est difficile avec ses parties oniriques, et par conséquent d'une terrible exigence. Sans aucun doute aurait-il mérité un peu plus de temps, mais le destin en a décidé autrement, celui de Francine Ségeste. Cela n'enlève rien à l'intérêt de ce texte, car il est l'oeuvre d'un grand auteur....
Un peu comme tout ce que j'ai pu lire de cet auteur... J'ai tout lu ! Je ne me suis pas ennuyée ce dimanche... Le style, la profondeur de la réflexion, la justesse de l'analyse, l'intelligence, la sensibilité ... Tout y est. Un bijou qui semblait vouloir me réconcilier avec la littérature sur le net. C'était presque surréaliste cette "qualité".
je développerai plus tard cette merveille de retour en France, les claviers qwertz ne sont pas simples.
d'après l'orage
dans la chaleur de l'adieu
dans la vapeur de nos larmes
et le tremblement d'un matin
On connais la fin dès la première page, et on dévore ce roman comme un thriller. La chute dans l'isolement, tous les liens qui craquent les uns après les autres, l'arrivée de la folie. Ce roman est remarquable de justesse, le ton, le style, tout y est . Bravo