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Critiques reçues par Francine Ségeste
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Commentaires
Cher Serpent à Plume,
Désolé si j’ai pu nuire à ma Dame par la publicité que je lui faisais. J’ai dit ailleurs qu’à mon avis un « Commentaire » n’est pas une pub, puisqu’il faut déjà être à la page de l’œuvre pour y accéder par un clic. Et puis j’en ai discuté sur le forum « la critique par commentaire » (http://www.inlibroveritas.net/forum/sujet1935-page6.html) et j’ai appris avec étonnement que certains lisaient les commentaires avant de lire l’œuvre. Dont acte et plates excuses.
Mais si je reprends mes « commentaires », je m’aperçois que mon commentaire sur la première œuvre de FS sur ILV (« Cité des solitudes ») est plus court moins enthousiaste que celui (de Claire Grover) qui le précède. Puis j’ai découvert les premiers commentaires sur « Mémoire de la mer » et il était difficile de faire plus enthousiaste que le tout premier commentaire, celui de Sonia Quémener. Alors j’ai commencé à réfléchir au texte plutôt qu’en faire l’éloge. D’autant que, comme vous le savez, je suis aussi économiste et homme politique et le problème du vieillissement démographique, des rapports « personnes agées-leurs enfants adultes » va devenir un des plus graves problèmes du siècle.
Et puis il y a eu « Combien de jours », premier poème publié sur ILV de ce qui allait devenir « Destin de sable ». Mon commentaire arrive en 4è, n’est pas plus dithyrambique que ceux qui me précèdent et vous comprenez sa fonction apotropaïque par rapport à celui terriblement juste de Daniel Le Gourrierec.
Je prends alors le pli de commenter les sections de « Destin de sable ». Et c’est vrai que je connais déjà la plupart de ces poèmes dont certains publiés depuis 45 ans, mais je ne m’intéresse plus qu’à l’effet « mise en recueil ».
Et enfin paraissent ces « Trames étranges » que vous avez entrepris à votre tour de commenter. Et c’est à nouveau la question de l’unité du recueil que j’interroge. En effet je connaissais ces textes « un par un » depuis des années, mais qu’est-ce que l’ensemble voulait dire ? Des choses je crois très importantes, peut-être ce recueil est-il, derrière la complexité (ce texte-ci), la splendeur (Et les cris de la fée) ou la simplicité (Les mots) de paraboles successives, la partie « philosophique » de l’œuvre de FS. D’où mon acharnement à « comprendre ».
Vous avez raison, l’amour de ma Dame est pour quelque chose dans cet acharnement. Mais le contenu aussi. Et si vous jetez un coup d’œil à mon niveau d’acharnement sur un autre auteur plus reconnu, Mallarmé (voyez lipietz.net/spip.php?article1642, et ça a doublé de volume depuis), vous remarquerez que mon travail de commentaire sur FS est encore loin du niveau que j’ai consacré à ce monsieur…
Bien cordialement
j'ai lu
je viens délire la trompette et vais mettre un marque page.
Assuré du fait que Francine est Francine et que ce qui l'entoure, l'entoure, je me laisse donc glisser dans ces mots.
La trompette est une petite nouvelle assez simple. Elle se déroule tranquilement sans nous laisser l'eau à la bouche en attendant qu'un fait extraordinaire se produise. Et pourtant, une fois au bout de la nouvelle, il me reste comme un goût amère. Et si le chat, c'était moi?
De la lecture à la réflexion sur soi. J'ai bien aimé.
A bientôt sur d'autres vers.
de la bonne
j'aurais bien envie de râler encore un peu pour la publicité acharnée que fait le sire Lancelot pour sa Dame, mais enfin, c'est beau l'amour. Et puis, j'avoue qu'à la longue les commentaires de Lancelot excitent ma curiosité.
Francine Ségeste écrit bien, très bien.
J'ai lu
Et et.... j'attends
Hé ! Hé ! Lancelot...
Je n'ai pas "discuté dans le détail" l'oeuvre de Ségeste, ni même son poème. Autre point : je n'ai rien contre les vers libres, seulement contre ceux qui se croient libres d'être des vers.
Vers libre et corne de brume
Chouette ! « L’auteur le plus populaire d’ILV » (selon sa notice) plonge la main dans le cambouis et se lance dans la critique constructive de Ségeste. Lui qui n’aime pas le vers libre et court, comme on le voit dans ses propres œuvres, prend son courage à deux mains et vient corriger le dernier vers de la page 32 de la seconde partie de « Destin de sable ». Dommage : ça vient de sortir chez ILV-édition. Quelques semaines plus tôt l’auteure aurait peut-être pu en tenir compte. L’Histoire a de ses rendez-vous manqués…
Bon, il fait trois critiques.
1. Une rédhibitoire : il n’aime pas le vers libre et court. Ca , Ségeste n’y peut rien :c’est son style. On va pas rentrer ici dans le débat de la poésie moderne comme Pangloss dans sa critique du bel ensemble en vers réguliers de Vincent Jost. Même Aragon dans sa « Diane de France » a fait son autocritique, ça n’a pas empêché des gens comme Edouard Glissant de continuer. On les mettra jamais en chanson, na !
Et deux critiques constructives, enfin, « constructives » en filigrane.
2. « Corne de brume » est un titre mal choisi. Mouais. Corne, en littérature, c’est en effet ou bucolique (les vaches) ou allégorique (corne d’abondance). Ségeste en fait entrer un troisième type en littérature : la Corne de brume, qui rejoint avantageusement la Trompette marine, déjà prise par Apollinaire. Moi j’aime bien la sonorité de « Corne de brume » , cet accent sur la première syllabe qui se perd dans les 3 suivantes assourdies (et la dernière, féminine en plus !), le mot brume par son sens accentuant ce glissement. Je serais Ségeste, je garderais ce titre pour la prochaine édition.
3. Ensuite la troisième critique éclaire la seconde. En lisant « cœur nu » Bernard pense à « cornue » et donc relit le titre en pensant « corne-cornue », et donc attend un contexte savant. Ce qui montre que Bernard sent remarquablement bien qu’un poème isolé n’est pas pareil qu’un poème en recueil.
La question devient donc : Ségeste aurait-elle pu éviter qu’en utilisant « cœur nu » elle ne sabote son titre « Corne de brume » en faisant penser à « cornue » ?
D’abord, beaucoup de lecteurs/trices ont ils été choqués ? Moi, qui l’ai relu plusieurs fois, ce recueil (et y ai repéré bien des scories que j’ai communiquées directement à l’auteure, laquelle en a le plus souvent tenu compte, mais pas toujours), je n’avais pas remarqué celle-là. Ni maintenant d’ailleurs : « cœur nu » ne me fait toujours pas penser à « cornue ». Me manque une synapse ? Mais il y a au moins un lecteur pour qui ce phénomène auditif (« paronomase ») se produit…
Faut-il en tenir compte ? Pas focément, car tout lecteur ou lectrice ne partage pas la haine de Bernard pour le vers libre, qui par exemple lui fait citer de travers « Le marteau de la nuit/ Le cœur nu de la terre ». Or c’est justement un des rares alexandrins en « rythme national » (comme dit Mallarmé : 3-3, 3-3) qu’on trouve chez Ségeste. Et comme le second hémistiche commence par un article masculin, je pense que très peu de lecteurs subira la paronomase qui perturbe Bernard.
Supposons même qu’ils la subissent (au moins un : Bernard.) Est-ce que du coup ils vont nécessairement relire « Corne de brume » comme élément de laboratoire (cornue) qui « ne peut avoir de puissance poétique que dans un contexte savant » ? J’ai là encore des doutes. D’abord parce que ce poème de la page 32 n’est qu’un parmi d’autres du sous-ensemble « Corne de brume », et l’effet collectif de recueil auquel veille avec raison Bernard vaut aussi pour les autres poèmes. L’auteure, sommée par le logiciel d’ILV de mettre un résumé, écrit « Quelques poèmes exprimant la fascination de la mort en fin de l'adolescence. » Mmmm. Oui, c’est ça aussi, mais elle oublie de dire que cette fin d’adolescence (vers 1954 , disons, selon Wikipedia) est nourrie d’une enfance et d’une adolescence de guerres. Ces poèmes mêlent les obsessions morbides de la jeune adolescente (virgin suicides) à l’actualité proche : bombes, fusillés. Le co-texte n’est pas savant, Bernard a raison, mais justement « corne de brume », l’idée de danger masqué, de résistants aux abois s’appelant à travers Brocéliande, colle très bien à l’ensemble du sous-recueil.
En tout cas merci à Bernard d’avoir surmonté sa répugnance pour le vers libre pour venir discuter dans le détail l’œuvre d’une voisine qui n’est pas de sa « tendance ». C’est si rare sur ILV !
Hé ! Hé ! J'ai lu...
Je n'aime pas le titre. Corne de brume. "Corne " pour moi ne peut avoir de puissance poétique que dans un contexte savant. Je ne suis pas friand de la poésie en petites phrases-cliché alignées. Marteau de la nuit/ coeur nu de la terre.etc... Coeur nu fait penser à cornue. On en revient à "Corne " Corne de brume.
La clé de voûte
« Nous tenons des mots nus »… La célèbre citation de Bernard de Morlaix qui donne son titre au « Nom de la rose » d’Umberto E. jaillit ici comme la clé de « Trames étranges ».
On n’en finirait pas de relire, remâcher « Les mots », pour eux –mêmes et (comme le dernier chapitre de « Cité des solitudes ») pour leur rôle de clé de voûte de tout le recueil. Oui, « Trames étranges » avait bien une unité, par delà le décor d’exotisme et le thème de la rencontre, devenu au chapitre précédent celui de la transmission. Que de chemin parcouru depuis les marécages du borgésiens (mais Eco n’était-il pas lui-même grand admirateur de Borgès ?) de « La lettre sans destinataire »… Les mots du vieux marranne avaient-ils un destinataire ? En tout cas ils l’ont trouvé. Comme la flûte de « L’offrande musicale ». Et du coup ils ont répondu à la question de « Et les cris de la fée » : n’avez-vous rien de mieux à faire ?
Dans « Les mots » eux-mêmes, glissement des paires masculin-féminin, immuable-malléable, panne mécanique-éternité du ciel, marbre-glaise, science-contemplation, mots savants-prière rituelle, désir-vieillissement, etc. Comme un bruit de fond d’oppositions classiques mais décalées (le mari aux tessons d’argile, la femme aux mathématiques célestes). Comme pour ébranler nos certitudes, les schémas trop convenus : une dialectique sans téléologie.
Et puis émergent des correspondances inattendues (le marbre d’origine inconnue, la prière d’origine inconnue ), comme réponse au désir d’éternité , ou plutôt d’intemporalité. « VIe siècle, Marbre d’origine inconnue », les mots eux-mêmes, où graver l’enfance du monde ?
Ceux de Francine Ségeste, oui, à coup sûr. Même si finalement ils ne disent pas exactement la même chose que « Cité des solitudes ».
Dispersion ou condensation ?
Après le 3e conte (« Et les cris de la fée ») qui nous rapprochait tant de « Cité des solitudes », ce 4e conte nous renvoie à l’autre extrême de « l’exotisme » de ce recueil, vers le roman de science fiction, avec parabole écologiste et tiers mondiste. On sent d’ailleurs l’influence des Russes, Tarkovski, Lopouchanski (« Le visiteur du musée »). « Trames étranges » est bien étrange !
Et pourtant c’est toujours Ségeste qui tisse sa toile. Partie d’un conte de la non-rencontre, le borgésien « La lettre sans destinataire » (lettre qui, au contraire de « La carte de l’Empire de Chine », et plus près de « La rencontre d’Almutazim », pointait vers une lieu impossible), elle approche pas à pas de la Rencontre, de celles qui avaient presque lieu dans « Et les cris de la fée ». Elle a cette fois tellement lieu que l’auteure parle carrément de « transmission » ! Et ce qui se transmet, c’est l’oeuvre musicale humaine, avec le titre parfait de Bach (« L’offrande musicale » - dans la vraie astronautique, c’est la 1ere des Variations Goldberg qui est partie pour l’espace, avec , c’est vrai, l’image de deux blancs anglo-saxons).
On commence à sentir, par-delà l’unité formelle du recueil (exotisme + la rencontre) un thème de fond qui se dégage. La question du conte précédent « n’y a-t-il rien de mieux à faire ? » (que de danser ou de jouer du Bach à la flutte), dans un univers en perdition, reste ouverte…
Rien n’aura eu lieu que le lieu ?
Retour à la Cité ou question sur la poésie ?
On n’en peut plus douter maintenant : si « Trames étranges » a un sujet commun, ce n’est pas tel ou tel personnage, mais la rencontre en elle-même, la trame qui se heurte à la chaîne et recoupe d’autres fils, d’autres trames (ici le jumeau cracheur de feu et le garçon).
Mais curieusement on revient, sur le fond, à la thématique de « Cité des solitudes », plus exactement à celle de « Fumée ». L’art, la poésie, à quoi ça sert dans nos cités de solitudes ? « Vous n’avez rien de mieux à faire ? » non, j’ai vraiment fait ce que je pouvais faire de mieux… Et la seconde question, encore plus grave : « Il n’y a rien de mieux faire ? » Questions (et réponse !) déchirantes qui concluaient « Cité » (Il arrive que la voix manque.)
Les Trames étranges si violemment exotiques nous ramèneraient elles aux questions fondamentales de notre cité, comme la « Dreamed Quest of Unknown Kadath » de Lovecraft nous ramenait à sa ville natale ?
Mais ici la référence est Nerval, non le détour (ou la réponse) du cauchemar, mais au contraire la danse sacrale de la fée et la lyre d’Orphée, pour faire revenir le vert paradis, contre la dépression et la déréliction.
On attend la suite !!