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Critiques reçues par Francine Ségeste
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Vous retrouver encore
Ici ces mots sonnent maintenant bien autrement qu'avant.
Il y a des jours et des lunes que vous n'êtes plus, vous connaissez à présent la réponse... Et la magie de l'informatique, de l'écrit fait que je peux encore et toujours venir vous saluer au passage d'une lecture.
avec un petit frémissement, j'ose vous dire,
à bientôt sur d'autres vers.
Ne pas oublier cette auteur...
"La cognée dort sur l’arbre
Et la Nuit vient la prendre
Et frapper."
je reviens chez toi Francine
pour surfer sur la vague et entendre le ressac de tes mots.
Il me semble me tenir au parapet d'Ostende, écoutant mugir la mer émeraude et rugir le vent, claquant comme mille langues assoiffées de poésie.
Tu n'es pas loin.
Juste au détour de la mémoire.
Quand même !!
J'ai lu ce livre depuis plus d'un mois et sur les conseils de Lancelot. Depuis je l'ai acheté sur papier (avec d'autres livres de Francine Ségeste) et je l'ai relu.... C'est un texte fondamental, indispensable, magnifique. Je ne suis gyère capable d'en dire plus, il FAUT le lire, absolument !
Cher Alain, je voudra...
Cher Alain,
je voudrais bien reprendre mon stylo sur Trames Etranges... et particulièrement sur L'Offrande Musicale. Cela peut contribuer à entretenir la petite flamme en attendant qu'elle se transmue en marche aux flambeaux... mais surtout, j'y vois resurgir une piste oubliée depuis des lustres et qui peut nous guider jusqu'à Francine... vers cet instant précis, à cet envol hors du temps qu’elle aura sans doute mille fois anticipés. À nous d’essayer, d’entrevoir peut-être ce à quoi elle s’attendait, ce qu’elle a ressenti quand elle a lâché prise et ce qu’elle a trouvé.
L’indice qui nous mettra sur la voie est fourni par la double allusion aux "immensités blanches", à 4 ou 5 lignes de distance dans le même §. Cette apparente négligence pourrait déguiser un signal codé. Comme les sanglots des violons et leur langueur monotone annonçant le débarquement le plus long. Pour s’y retrouver, pour déceler d’éventuelles arborescences et mettre à profit certaines complicités, il faut passer d’abord par les cases musique et cinéma.
Musique, Francine en était pétrie, pour ce que musique est le propre de l'homme. Elle désespérait de pouvoir jamais risquer impunément sa jolie voix dans l'univers des notes (qui manifestement se dérobait), pour se dédommager, elle entretenait royalement un orchestre de mots, elle écrivait pour eux des partitions subtiles, osées, souvent cruelles. Mais elle savait quand et comment les exposer aux feux de la rampe et les mots, en grands professionnels, ne se plaignaient pas... Et puis est venu le temps des immensités...
Souvent, les mots s'évadent de leur captivité dorée, ils retournent la situation, séquestrent leurs ravisseurs, Ce fut le cas pour Francine, très tôt arraisonnée par le mot "blancheur" version « à perte de vue ». Le déclencheur de cette opération : Ordet, un film de Karl Dreyer.
Très belle histoire de femme qui ressuscite comme on accouche, chez elle... Au centre d’un cyclone de draps blancs immaculés, en famille & presque familièrement, un miracle qui sent la chaufferette, la braise domestiquée, l’eau chaude, le fer sur le feu. Un rêve d’éternité, un espoir de bien-être plus répandu qu’on est prêt à l’avouer, qui n’en contribue pas moins à apprivoiser la mort au quotidien et, qui sait? à lui donner du panache. Un peu de l’élégance du beau joueur qui saurait perdre..
De tous les dogmes chrétiens, la résurrection est peut-être le seul qui ait vraiment tenté Francine. Non parce qu'il rassure, loin de là... c'est sa hardiesse qui l’a séduite, le courage qu'il faut pour y toucher, et, plus encore, contre toute probabilité, y croire. Pour ma part, ce qui me gênait plutôt c'était son caractère obligatoire . Je l'aurais préférée facultative.
Francine fut d'emblée amoureuse de ce film Ordet, et je me mis au diapason, c’était le prix de notre amitié. Nous faisions de la photo ensemble, elle pour le fun , moi parce que je désirais entrer à la télé...
C’est ainsi que je vis passer de plus en plus de blanc dans nos compositions aussi bien nocturnes que diurnes (il s'agissait de récits où l'image et le texte s'écrivaient en contrepoint). L'hiver est tombé à point, cette année-là avec une sévérité bienvenue, glaçant tout le cours de l'Yvette et le lavoir de Longjumeau. Francine s'y sentait dans son élément. Lumière. Dépouillement. Qui pour Dreyer et pour elle signifiaient une humanité délivrée de la mort et même du temps.
Moi, ça me convenait, la glace réfléchissait le jour et éclairait son visage par en dessous. Les prunelles élargies lui donnaient un air étrangement joyeux, à la fois dépaysé et serein. Voilà. Notre camaraderie. Nos rendez-vous avec la blancheur d' Ordet. Réussis? en tout cas heureux. Au cours de nos travaux de développement et de tirage, nous écoutions du Bach, et notamment l'Offrande Musicale, que j'avais découverte en ...sanatorium.
Nos travaux ont été bien accueillis, rue de l'Université. Du coup, nous avons surenchéri, dénombrant avec ravissement, les fondus au blanc de l'Avventura, regagnant plan par plan avec Alexandre Nevski sa victoire à la dérive sur des fragments de banquise...c'était devenu une sorte de pulsion incendiaire,je fondais tout au blanc!
Aujourd’hui, il nous en reste un à observer de très près. Un fondu à perte de vue, au bout de la jetée :
"L'agonie vint à pas de loup. Le petit matin caressait son corps tendu qui ne sentait plus rien, qui n'attendait plus rien, déjà saisi, déjà prêt à s'engouffrer dans l'immensité blanche. Alors, avec sérénité, s'élevèrent des sons d'une pureté déchirante." Marine, le personnage central de la nouvelle, va lâcher prise, car cette musique est un signal convenu entre une aïeule, partie en éclaireuse bien des années auparavant, et elle:
"l’Offrande musicale! L'aïeule était donc revenue? Rien ne mourait vraiment? Marine lâcha prise et partit dans l'immensité blanche."
J’y reviens : ces trois lignes et leur petite musique répétitive sonnent comme les sanglots longs et monotones exportés par Radio Londres.
Est-il un auteur qui prétendrait garder le contrôle de son personnage en toutes circonstances ? Marine a une existence propre et elle est certainement capable de transmettre un message codé à l’inconscient de Francine où elle plonge ses racines. Au demeurant, Francine est de ces écrivains qui meurent en tenant la main de leurs personnages : il pourra en témoigner, le pilote qui a veillé sur elles toutes jusqu’au bout de la jetée, ... Nuage,Marine et les autres, entourées d’une vigilance ininterrompue , portées par une espérance obstinée, maternelle, c’était bien leur tour de se montrer réactives ! Elles ont su remonter dans le passé de leur auteure vers les gisements d’empathie. Y affleurent encore les veines qui ont permis les anciens alliages. Croisant celles qui devaient alimenter son travail jusqu’à la dernière heure, une marqueterie d’or, de sable et de cristal s’écoulant vers le creuset où sublimer les parcours révolus. En poèmes à venir. A paraître, hélas, serait plus approprié.
Ainsi présumons que Nuage, Marine et les autres ont transmis :
« Viens, n’aie pas peur, ce n’est pas si différent de ce que nous imaginions ... »
Reste à savoir qui a émis.
Esquivons Dieu, la réponse du charbonnier. Pourquoi pas un poète? une conjuration de poètes unie contre la peur? dont Francine elle-même alias Destins de sable ? il y a un poète par poème, a-t-on presque envie d’écrire, tant chaque poème a sa vie propre et semble rendre compte, à lui seul, de son auteur. Francine a-t-elle vu La double vie de Véronique, film d’investigation sur l’âme humaine ?. Il y est suggéré que des interprètes prédestinés, chanteurs ou comédiens, se dédoubleraient, percevraient des âmes et des vies parallèles, plus ou moins appropriés aux partitions ou aux rôles. Les deux Véroniques sont même à un dpi de se croiser, de se parler, voire de se reconnaître dans le sas d’entrée d’un bus de tournée. Pourquoi ne pas étendre ce statut aux poètes, principaux interprètes de leurs oeuvres ! Accordé ! Une vie par création !. Adjugé . Quoi ? Que dit-elle encore ?
Elle a dit : oui, mais une vie éternelle.
Elle prétend que les immensités nous sont commensurables. Les blanches. Décidément, nous n’en aurons peut-être jamais fini avec elle et sa petite voix, parfois très douce.
"Viens te battre"
Lors des éloges funèbres de Francine (http://lipietz.net/spip.php?breve323), le président de Villejuif-Autrement, Dominique Guibert, a fait une remarquable lecture commentée (http://lipietz.net/spip.php?article2289) de « Viens te battre », dernier chapitre de « Cité des solitudes » (http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre14045-page55.html#page)
Magnifique rapprochement
J'avais complétement oublé cette chanson de Brel que j'adorais dans mon adolescence. Peut-être l'ai oubliée (la chanson) quand je l'ai rencontrée en vrai (la fée).
Claudie a eu raison de mettre son commentaire ici faute de mieux. C'est aussi ma nouvelle préférée entre toutes, même si "La lettre" est plus savante dans sa construction, "Les mots" plus explicite dans son contenu. C'est pourquoi j'en ai extrait le tire de ma postface.
Curieusement c'est la moins lue en ligne. Titre ou résumé inadapté ? hasard de sa position ?
Des mots pour le dire, un chant de flûte pour le jouer, une fille pour le danser, une lettre sans destinataire pour le lire...
Décidément les trains ont la magique manie de nous faire lire et voyager dans l'irréel avec le réel. Je viens d'engloutir d'une traite Trames Etranges et ne trouvant pas de page de commentaires pour l'ensemble du livre, je choisis ce conte pour en parler.
Sûrement celui qui m’a paru le plus essentiel dans son contenu. Cette femme, qui n'est autre que la conscience des hommes, celle dont ils rêvent mais qu'ils bafouent. Celle des "braves gens" qui, lors d’un instant de grâce, deviennent de vrais humanoïdes, pour retrouver au plus vite leur médiocrité, de cette médiocrité qui lapide l'essence même de leur existence.
En lisant ce conte, j'entendais en calque, la chanson de Brel, tant l'une et l'autre sont issues d'une même fratrie :
Sur la place chauffée au soleil
Une fille s'est mise à danser
Elle danse toujours pareil
Aux danseuses d'antiquité.
Ainsi certains jours paraît
Une flamme en nos coeurs
Mais nous ne voulons jamais
Laisser luire sa lueur
...
Sur la place un chien hurle encore
Car la fille s'en est allée
Et comme le chien hurlant la mort
Pleurent les hommes leur destinée."
Paroles encore un peu naïves du jeune Brel mais puissante dans son interprétation. Mots puissants de Francine, qui nous quitte en nous laissant, par la beauté de son écriture, ses contes de l’au-delà, un morceau de cette conscience en chacun de nous.
Francine, alias Nuage, alias Trésage, vers quelle contrée pars-tu ? Enverras-tu
aux misérables terriens que nous sommes, une lettre sans destinataire ou bien ce chant de flûte d’amour et de beauté comme celui que tu nous as transmis sur cette pauvre Terre, bien malmenée ? Si j’avais su mieux te connaître encore plus tôt… Claudie
Chère Fra ncine, J'...
Chère Fra ncine,
J'ai lu Trames étranges et m'en suis nourri. C'est substantiel. Lecture au long cours, pour toutes saisons.
J'admire comme tu t'es coulée avec aisance dans les passes difficiles qui mènent au bois sacré de la poésie d'investigation, fréquenté par Bernanos et Graham Green , par Borgues, sa cohorte sud americaine et ,,, peut-être, oui, pourquoi pas, par Italo et Humberto. Ecco lo, Alain sera content. Et toi, tu fleuriras sur ce multiple terreau aussi longtemps que survivra le mot "rose", nom propre de la chose. Toi qui aimes toucher les mots de ton archet magique, et ils te le rendent au centuple, en caresses.
Alors pourquoi t'en vas-tu? ce sont tes enfants aussi et ils vont en souffrir...
Non, tu as fait ton travail, tu as donné tout ce que tu as, tu as le droit de partir.
Je trouve très beaux ces mots un peu raidis par la douleur, un peu procès- verbaux- pour -ne- pas- éclater - en - invectives, qui composent les 13 hypothèses de la "Lettre sans Destinataire", ils bouclent, comme dirait Pouc, le poème sous-jacent et lui donnent (ainsi qu'à toi), pérennité . Ils offrent un contre-poids, une assise, à l'émotion contenue du récit intermédiaire. Devenu chant, devenu strophes. Scandé par les treize constats , un leit-motiv de lieder, dont on ne sait jamais très bien s'il vient calmer ou raviver, étancher ou assoiffer.
Tu as écrit ton chef-d'oeuvre et tu appartiens désormais à la littérature à la 3e personne. Tu y a décroché, d'un tour de reins, une place réservée , à l'orchestre. Ces treize strophes valaient sans doute la perte de quelques secondes retranchées au sablier de nos vies, ces secondes qui font si mal. Tu mérites amplement de t'approprier la gloire littéraire, cet alias d'éternité qui, bien négocié, ouvre des vies supplémentaires.
J'aurais autant à dire des autres histoires mais tu parais si pressée... le temps manque. Si seulement tu pouvais nous dire où tu t'en vas comme ça...
jfc
Pas du tout à côté
Merci, JYD, pour votre commentaire très juste de « Perséphone ». En effet, Francine Ségeste a préféré que je mette en ligne tel quel cet ouvrage interrompu par sa « fin de vie » comme on dit, mais sous son stricte contrôle, acceptant ou refusant des suggestions, y compris sur des points où la tentation était forte de « faire joli » ou de donner une interprétation simple au lecteur (notamment dans les passages les plus oniriques, les plus obscurs, comme le chap 10)
En fait une première version, intitulée « Madeleine », date des années 60. L’auteure me l’a fait découvrir quand j’ai fait sa connaissance au début des années 70. On trouve dans son ordinateur une version de 2003-2004 (donc réécrite en parallèle avec la rédaction de « La femme à la fenêtre ») : « Tour à tour les saisons », avec des titres. Un calvaire pour Francine Ségeste que de choisir un titre ! cf. « Destin de sable » où chaque titre de sous-recueil est un poème en soi. Cette version 2004 était beaucoup plus « chargée » poétiquement, presque baroque, entrecoupée de poèmes surréalistes.
« Perséphone » est donc le produit d’une épuration, d’un élagage, sur un manuscrit qui a « germé » (puisqu’on est chez Perséphone) en presque un demi-siècle. Je mettrai peut–être en ligne à titre posthume la version 2004, dans un but documentaire (en plus il y a de très belles choses « non retenues »). Mais il est rageant que son destin lui ait enlevé les « combien de jours encore » qui auraient permis de parachever son roman (ne serait-ce qu’en trouvant des titres, ce que d’un commun accord nous avons compensé en puisant dans son œuvre plastique, sans trouver de solution satisfaisante pour la quatrième partie).
L’auteur a donc fondamentalement voulu cet aller-retour du réalisme poètique de l’enfance à la sécheresse (relative !) des derniers chapitres (y compris la partie 4 avec sa tranquille assurance), en passant par le réalisme psychologique douloureux des 3 histoires d’amour et le point d’onirisme souterrain que constitue le nadir (opposé du zenith) du chapitre 10, sans doute prescience de ce qu’elle « vit » en ce moment-même.
Cet aller-retour stylistique me semble en concordance avec le contenu, la trajectoire assez orphique (descente aux enfers de l’amour malheureux, renaissance par l’art et par la procréation d’une fille « libre », mais peut-être suis-je influencé par ma propre lecture de Mallarmé…) Donc, quoique inachevé, le roman répond aux exigences d’une œuvre d’art achevée (adéquation de la forme au fond, pour aller vite), même s’il manque ici ou là tel coup de pinceau ou de ciseau qu’aurait voulu donner l’auteure.
« Dionysiaque » dites-vous. Oui bien sûr ! En fait les « tragédies grecques » sont des cérémonies en l’honneur de Dionyssos (le « deux fois né »). Leur coté sombre est porté devant la Cité (comme l’histoire de Léa) afin que par le débat celle–ci renaisse, meilleure, à elle-même (comme l’histoire de Véronique et de sa fille Ada)
Héraclite a dit : « Dionyssos et Hadès sont un seul et même dieu ». Dionyssos est le dieu du cycle de la mort et de la renaissance (fondement des société agraires réglées sur les saisons), qu’illustre autrement le mythe de Déméter (la déesse Terre-mère) et de sa fille Koré-Perséphone, enlevée pour épouse par Hadès, dieu du monde souterrain, et qui renaît dans l’efflorescence de chaque printemps. (Cf. wikipedia ou mon étude « Phédre : identification d’un crime » : tous ces gens sont de la même famille. Perséphone est la demi-épouse d’Hadès, Phédre la belle sœur de Dionyssos).
Il y a en effet un aspect « Ariane à Naxos » dans le second roman de Francine Ségeste, qui n’a pas choisi par hasard pour pseudo le nom d’un temple dorique de Sicile, l’île de l’enfance de Perséphone.