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BOUNMYExtrait :

Dans cette cabane sombre aux murs de bambous tressés, Nang se tordait de douleur, gisant sur une natte usée, baignant dans son sang.

À l’odeur de bois brûlé et refroidi, se mêlait celle de la pluie qui, passant à travers le chaume du toit, formait une rigole sur la terre battue.

Penché au-dessus de son ventre gonflé, à la lueur d’une flamme vacillante, le chaman agitait des grigris, marmonnant un chant rituel : il tentait d’exhorter les esprits du mal. Il avait revêtu sa tenue de cérémonie, et à la lumière des éclairs on pouvait voir ses traits burinés et les muscles de ses bras secs et vigoureux.

C’était un homme d’expérience, habitué à la rudesse de la vie. Mais, malgré tout son savoir, l’enfant n’arrivait pas à naître.

Depuis des heures l’orage grondait, le tonnerre éclatait, faisant vibrer le frêle édifice. La mousson battait son plein dans ces montagnes reculées du Laos.

Pheing, la mère de Nang, était désespérée, sa fille se vidait de son sang, son petit-fils en train de mourir dans son ventre.

Le cœur de Nang cessa de battre ; la vie quitta son corps meurtri, libérant son âme.

 

Dans son désespoir, Pheing eut une illumination. Et malgré le tragique de la situation, un demi-sourire destiné à narguer la mort se dessina sur ses lèvres, découvrant ses dents rougies par le bétel qu’elle mâchait pour calmer ses douleurs.

Elle prit le long couteau accroché au mur dans son étui de bambou tressé ; c’était celui de son défunt mari. Avec cette lame effilée, elle ouvrit le ventre de sa fille, plongea ses mains décharnées à l’intérieur, et en sortit une masse sanguinolente, mais bien vivante.

 

Une fois débarrassé du sang recouvrant le petit corps, et lavé dans l’eau boueuse et tourbillonnante de la rivière Nam Ou, Pheing découvrit un garçon à la peau claire et aux yeux d’un noir profond.

Quand il aura passé six mois, s’il survit, on l’appellera Tadam, ce qui en lao signifie yeux noirs. On considère que tant que l’on n’a pas donné son nom à l’enfant, il n’existe pas ; ceci pour atténuer la douleur s’il venait à mourir, ce qui est courant ici.

Mais pour l'heure, il fallait lui trouver une nourrice.

Le temps de se laver les mains, elle posa l’enfant sur le radeau de bambou qui avait été amarré là en attendant la fin de l’orage. L’embarcation précaire était destinée à emmener des cochons dans le sud où leur prix est plus élevé.

Au moment où Pheing s’essuyait le front du revers de la main qui tenait le couteau, la foudre, attirée par l’acier, s’abattit, carbonisant la vieille femme et brisant la corde qui retenait le radeau.

Celui-ci, entraîné par le courant, fila vers le sud à grande vitesse, emportant son précieux fardeau.

 


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