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Pornographia, l'enfer sur terre

Quelle industrie peut aujourd'hui s'enorgueillir d'un chiffre d'affaire de 72 milliards de dollars, de truster 63% des visites d'internautes dans 280 000 sites représentant 260 millions de pages (soit 1 800% de plus qu'en 1998 !) ? Une industrie encore artisanale en 1970, qui, en à peine plus de trente ans, a créé le plus grand bagne de l'histoire de l'Humanité.

Source: Imago
Par Mathieu Pasquini, le 28 mai 2005 à 15h13
   
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Sorti fin 2004 au Canada, et en avril 2005 en France, "La mondialisation des industries du sexe" de Richard Poulin, professeur de sociologie à l'Université d'Ottawa, est un livre choc, un livre violent, sans concession. Comme ceux qu'il dénonce.

La force et l’originalité de l’ouvrage de Poulin, tient dans la démonstration du lien existant entre la mondialisation et l’industrie de la prostitution, et comment elle use, utilise et reproduit non seulement les inégalités sociales (en les accentuant particulièrement dans les pays dominés), mais également le machisme en réifiant le corps de la femme, le portant au marché international comme n’importe quelle marchandise.

"C'est l'une des industries les plus florissantes à l'échelle mondiale. Elle rapporte plus que le trafic des armes"

Selon Poulin il y aurait eu trois fois plus de victimes de la traite sexuelle en Asie du Sud-Est dans les années 1990 que pendant les 400 ans qu'a duré l'esclavage des Africains, soit 33 millions comparativement à 11,5 millions…

"De 1990 à 2000, 77 500 jeunes femmes ont été la proie des trafiquants. On évalue à 145 millions les contacts sexuels rémunérés pour des revenus (...) de 7,5 milliards de dollars américains. Ces jeunes femmes, souvent des mineures, dont le prix d’achat sur les marchés balkaniques est 500 euros (environ 600 dollars américains) subissent en moyenne de 30 à 100 contacts sexuels par jour."

Le bagne et le papillon

Au-delà du tourisme sexuel Asiatique où "il est plus facile d'acheter une fille qu'un paquet de cigarettes", l'industrie du sexe et de la pornographie continue de ne plus s'embarrasser de la condition humaine... Où l'abattage et l'horreur deviennent la normalité.

Pornographia n'est pas un pays nouvellement conquis, déjà en 1972 Linda Lovelace fut victime des volontés de son mari qui la menaçait d'une arme pour qu'elle daigne avaler le pénis jusqu'au fond de la gorge. Pendant 17 jours, elle vécut un enfer : vomissant, s'évanouissant ou s'étouffant, mais toujours devant se plier à la volonté de son mari. Film culte pour les amateurs de porno, Depp Throat (Gorge progonde), diffusé sur Canal+, fut l'un des premiers blockbusters du X. Aujourd'hui il existe des milliers de films ou de sites Internet spécialisés dans les gorges profondes.

Barely legal, gang bang, zoophilie, pédophilie, gérontophilie, urophilie, scatophilie… autant de spécialités exploitées par des tenanciers qui rapportent gros, très gros. 10 milliards de dollars de chiffre d'affaire rien qu'aux Etats-Unis.

Mais derrière l'écran où s'exposent les filles pour le plaisir onaniste de l'homme, se cache une réalité abjecte, protégée par une véritable omerta. Rares sont les hardeurs qui parlent, et quand ils le font, c'est terrible : "une fille tient un mois dans le X bas de gamme, un an dans le haut de gamme".

Les rapports alarmants s'accumulent. En dehors des 5% de films X à peu près normaux, tout le reste n'est qu'une véritable boucherie, un travail que même les ouvriers du XIXe siécle n'auraient pas accepté. Suicides, psychiatrisations, altérations physiques, addictions aux drogues dures… courte vie… attendent ces filles obligées aux sévices les plus dégueulasses, à qui on va tout faire subir, jusqu'à l'usure absolue. Comme des outils qu'on jette après usage.

Le constat de Poulin est des plus terribles, son livre montre combien cette industrie est ancrée dans le processus commercial et financier du monde, jusqu'à la bienveillance politique de certains pays pauvres, qui n'y voient qu'une manne financière, et tant pis si des centaines de milliers d'enfants et de femmes en meurent, et même parfois pire.

Il n'y a aucunes réglementations, aucunes protections, aucunes aides pour ces malheureuses, rien.
Rien que la solitude et la peur, le silence dans le froid d'un entrepôt désaffecté… et les éructations des hommes.

 
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